Un concours baptisé "Miss Bim-Bim ", avec l’objectif d’élire "la plus belle femme à forte corpulence ". Organisé à Ouagadougou, le concours a beaucoup fait parler au Burkina Faso cette semaine. Le ministère de la Femme a jugé les opérations de publicité autour du concours dégradantes pour l’image des femmes, et trop ciblées sur la taille du postérieur. Mais le concours aura bien lieu ce vendredi soir, au grand dam de notre Observatrice.


Le concours "Miss Bim-Bim" n’en est pas à sa première édition. C’est la troisième année consécutive qu’il est organisé au Burkina Faso. L’événement est organisé cette année à la Maison du peuple, une salle de spectacle à Ouagadougou, dans le cadre de la sortie de l’album de l’artiste Firmin Boubié Bazié, de son nom de scène Agozo. Les organisateurs se sont inspirés de concours similaires organisés au Brésil, ou encore plus récemment à Nairobi.

Mais cette année, la promotion autour du concours a suscité des remous au Burkina Faso. En cause, une affiche mettant en avant deux postérieurs très imposants. Elle précise que les premiers prix qui seront remis aux filles ayant le plus beau "bim-bim" (quelqu’un qui est "bim", en langue moré, désigne quelqu’un de gros, et est utilisé aussi pour désigner des femmes imposantes).


Il s’agit d’un photomontage avec deux femmes, dont au moins une n’est d’ailleurs pas du tout burkinabè. La photo à droite est celle de Mikel Ruffinelli, une américaine de Los Angeles qui a, selon le World Guiness book, les plus larges hanches du monde.

La photo utilisée dans l'affiche en bas à droite est en fait celle de la femme avec les hanches les plus larges du monde, Mikel Ruffinelli, visible ci-dessus. Elle est américaine.

Des clips publicitaires où l’on voyait des jeunes filles se dandiner ont également été diffusés sur la chaîne publique nationale. C’en était trop pour le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille qui a convoqué les organisateurs pour les recadrer et a affirmé que l’événement "dézingue l'intégrité de la femme". Selon eux, les organisateurs ont "promis de rectifier le tir" du point de vue des actions de communication.

Les organisateurs ont été invités au ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille pour s'expliquer sur ce concours.

“La façon dont a été orchestrée la communication de cet événement me pose problème, car ça a une influence sur l’éducation des jeunes générations"

Bassératou Kindo est présidente du réseau de blogueurs du Burkina Faso et a publié un édito sur le concours "Miss Bim-Bim" sur son blog "Tribune de Femmes".

Le Burkina Faso n’est pas habitué à de tels concours. C’est une société plutôt conservatrice, et c’est assez récent de voir des concours mettant en avant la beauté, comme Miss universitaire. Il y avait bien eu un concours en 2009, miss Poogdébré [un autre concours visant à élire une femme forte] qui était précurseur [le concours n’a pas eu de suite, Ndlr] .

L'initiative de "Miss Bim-Bim" en elle-même n'est pas mauvaise en soi : c’est un concours qui a pour objectif de magnifier les femmes enveloppées. Au Burkina Faso, avoir des formes est valorisé, à tel point que certaines femmes sont prêtes à acheter de fausses fesses rembourrées.

>> À relire sur les Observateurs : Les fausses fesses du Faso


Le problème pour moi, c’est la façon dont a été orchestrée la communication de cet événement. Dans le clip publicitaire diffusé à la télévision, on voyait notamment un jeune homme "s’amuser" [en mimant des fessées] avec des jeunes filles qui dandinaient leurs fesses. Tout ceci a même été diffusé sur la télévision nationale! À mon avis, cela n'est pas normal… car ça a une influence sur l’éducation des jeunes générations.


Un organisateur : "Nous avons pris des mesures pour ce soir : une fille habillée de façon désinvolte se verra interdire l’entrée"

Pour l’heure, et malgré le fait que le ministère soit monté au créneau, les organisateurs de l’événement ont confirmé à France 24 que celui-ci était bien maintenu vendredi soir. L’un d’entre eux explique :

Nous comprenons que certaines images aient pu choquer, et nous avons changé notamment notre spot publicitaire. Pour ce soir, nous prenons également des mesures pour faire en sorte de ne pas dégrader l’image de la femme : par exemple, une jeune fille qui voudrait participer, et qui serait habillée de façon désinvolte, se verra interdite de rentrer (sic).

Pour notre Observatrice, Bassératou, la polémique pourrait au final avoir l’effet inverse :

C’est le troisième concours du genre, et avant, on avait très peu entendu parler de miss Bim-Bim. Avec cette polémique, le concours a eu une publicité gratuite. Je suis persuadée qu’il y aura énormément de monde ce soir, sûrement plus que ce qui était prévu.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone