Une manifestation d’un genre bien particulier a eu lieu ce mardi à Marivan, une ville de l’ouest de l’Iran. Des centaines de personnes ont marché dans les rues à côté de leurs vélos pour protester contre la décision des autorités locales d’interdire aux femmes de rouler à bicyclette.

Pour lutter contre la pollution, les autorités iraniennes ont lancé ces derniers mois une campagne incitant les habitants à rouler à vélo tous les mardis. L’initiative a reçu un écho favorable et des milliers d’Iraniens ont pris leurs vélos un jour par semaine dans plusieurs villes du pays.

Sauf que dans la ville de Marivan, la participation des femmes à cette campagne n’a pas été du goût des autorités. Le 26 juillet, la police a ordonné aux femmes de ne plus circuler à vélo. Selon des activistes locaux, cinq d’entres elles ont même été arrêtées puis libérées après quelques heures de détention.

Ces pressions exercées sur les femmes ont suscité l’indignation de nombreux habitants. Les deux mardi suivants (le 2 et 9 août), des milliers de d’habitants de Marivan, femmes et hommes, ont marché à côté de leurs vélos pour dénoncer cette décision.

Vidéo filmée lors de la première manifestation, le mardi 2 août. Des policiers essayent de disperser les manifestants. Une femme réplique que si elle peut faire du vélo dans d'autres villes du pays, il n'y a pas de raison que ce soit interdit à Marivan. 

"Selon l’imam de la ville, la femme ne devrait pas prendre le vélo car c’est contraire à l’islam"

Jiar (pseudonyme) habite à Marvian.

Cela faisait trois mois que les hommes et les femmes se déplaçaient à vélo chaque mardi. Les gens étaient enthousiastes. Ils organisaient même des balades pour aller jusqu’au lac Zaribar, situé à trois kilomètres du centre-ville.

Mais il y a deux semaines, la police est intervenue pour demander aux femmes de ne plus rouler à vélo dans les lieux publics. Les policiers leur ont expliqué que cette pratique leur était permise uniquement dans les parcs et les clubs de sport. Le vendredi suivant, l’imam de la ville, Mamusta Mostafa Shirzadi, en a rajouté une couche et déclaré que la femme ne devrait pas faire de vélo car ce serait contraire à l’islam.

La deuxième manifestation a eu lieu mardi 7 août. 
 
Cela fait donc deux semaines que la police arrête les femmes à vélo. Les policiers emmènent la femme au poste, puis convoquent son père ou son frère. Pour qu’elle puisse rentrer chez elle, la femme doit alors signer un document dans lequel elle s’engage à ne "plus jamais faire du vélo dans un lieu public ".
 
"Les autorités ont dit qu’elles allaient ouvrir un parc qui serait exclusivement réservé aux femmes"

J’ai participé aux manifestations qui ont lieu ce mardi et mardi dernier [2 août]. Des centaines de personnes y ont pris part. Nous avons marché tous ensemble, hommes et femmes, chacun à côté de notre vélo.
 

Comme nous étions à chaque fois très nombreux, la police n’a pas osé empêcher ces marches. Ce mardi, elle a quand même arrêté trois personnes, et les a libérées quelques heures après.

Les autorités locales ont dit qu’elles allaient dorénavant réserver un parc de la ville tous les mercredis pour que les femmes puissent y faire du vélo. Le parc en question est entouré d’un mur ; les autorités ont précisé que cela empêchera les hommes de regarder.
 
Vidéo filmée lors de la manifestation du 7 août. 

Les gens sont furieux contre cette décision, particulièrement les femmes. Car les Iraniennes sont autorisées rouler à vélo dans toutes les villes du pays, excepté à Marivan. Les hommes eux considèrent cette décision de séparer les femmes des hommes comme une insulte, puisque les autorités ont invoqué des raisons de sécurité pour interdire le vélo aux femmes. Certains disent : "Les femmes ont roulé à vélo aux côtés des hommes pendant trois mois et il n’y a pas eu le moindre incident. Les seuls incident qu’il y a eu, c’est quand la police a arrêté ces femmes ".

Photo prise lors de la manifestation du 2 août. 

"Des militants ont lancé une pétition"

Des militants ont lancé une pétition dans laquelle ils demandent au gouverneur local Mohammad Fallahi, à la vice-présidente du pays chargée des femmes Shahindokht Molaverdi, et au président iranien Hassan Rohani d’intervenir afin de réparer cette injustice. La pétition a déjà récolté plus de 1 500 signatures.

Nous sommes déterminés à poursuivre notre mouvement. Nous vivons tous dans le même pays, et les autorités doivent nous traiter sur un même pied d’égalité. Si le vélo n’est pas interdit aux femmes dans les autres villes d’Iran, alors il devrait aussi être autorisé ici à Marivan.

 
Face aux protestations, le gouverneur de Marivan, Mohammad Fallahi, avaient réagi dans un média local début août. "Nous n’avons aucun problème avec le fait que des femmes roulent à vélo. Par contre, nous devons leur réserver un espace dédié à cette pratique. Pour leur propre sécurité, nous allons donc trouver un site où elles peuvent faire du vélo ", a-t-il déclaré.

Les femmes à vélo ont toujours été plus ou moins tolérées par les autorités dans les lieux publics en Iran. Si aucune loi n’interdit cette pratique, les responsables conservateurs considèrent toutefois qu’elle n’est pas conforme à la charia. De temps à autres, cette pratique suscite des tensions entre les habitants et les responsables, notamment dans les villes les plus conservatrices, comme celles de Qom et Mashhad, deux villes considérées saintes par les chiites d’Iran.