Recycler du plastique pour fabriquer des logements : c’est ce que réalise l’entreprise colombienne Conceptos Plasticos depuis 2014. Une démarche à la fois écologique et sociale, puisque l’objectif est avant tout de fournir un abri aux personnes mal-logées, notamment celles ayant été forcées de quitter leurs maisons dans les zones rurales en raison du conflit armé.

Basée à Bogota, l’entreprise Conceptos Plasticos a été créée en 2010 par trois Colombiens. Initialement, leur travail consistait uniquement à recycler le plastique gaspillé par certaines entreprises afin qu’elles puissent le réutiliser. L’idée de fabriquer des logements à partir de plastique recyclé pour les mal-logés est venue plus tard. C’est ce qu’explique Oscar Mendez, un architecte de 34 ans, l’un des cofondateurs de l’entreprise, qui emploie actuellement une dizaine de personnes.

Cela fait deux ans que l'entreprise Conceptos Plasticos a commencé à fabriquer ce type de logements. Vidéo envoyée par Oscar Mendez.

"Les gens bénéficiant de ces logements peuvent les construire eux-mêmes, à l'issue d'une demi-journée de formation"

On a eu cette idée en 2013, en partant de deux constats. À l’époque, environ 35 % des familles colombiennes n’avaient pas de logement ou étaient mal logées. [Ce chiffre provient de la Banque interaméricaine de développement, mais les données varient selon les sources, NDLR.] C’est un problème particulièrement important en milieu rural, où de nombreux habitants ont été forcés de quitter leurs maisons en raison du conflit. [La guerre ayant opposé forces armées, groupes paramilitaire d’extrême-droite et guérillas d’extrême-gauche durant plus d’un demi-siècle a fait 6,9 millions de déplacés environ, NDLR.]

Par ailleurs, 750 tonnes de plastique sont jetées quotidiennement à la décharge à Bogota, selon les autorités. Mais seules 100 tonnes sont récupérées par les "recicladores" [des personnes triant les déchets, afin de les revendre, NDLR]. Ce plastique est donc très largement gâché et il pollue l’environnement.

On a commencé à construire des logements en 2014. On achète du plastique ayant servi dans l’industrie, mais aussi des emballages en plastique, en faisant notamment appel à des associations de "recicladores".


Des emballages plastiques prêts à être recyclés. Photo publiée sur la page Facebook de Conceptos Plasticos.


Quand le plastique arrive dans notre usine à Bogota, on le broie, on le fait fondre, puis on le coule dans des moules. Il est alors comprimé. À ce moment-là, on ajoute des additifs, rendant le plastique plus résistant à la chaleur. Ensuite, on plonge les moules dans l’eau froide pour créer un choc thermique. Puis on démoule le produit.


Arrivée du plastique à l'usine de Conceptos Plasticos à Bogota. Photo envoyée par Oscar Mendez.


On fabrique huit produits : des briques de différentes tailles, des poutres, des colonnes, des encadrements de fenêtres... Ils sont plus légers que les matériaux traditionnellement utilisés dans le bâtiment et relativement flexibles, donc les logements construits peuvent résister aux tremblements de terre.

"En cinq jours, quatre personnes peuvent construire une maison de 40 m2"

Pour fabriquer les logements, c’est très simple. Les briques s’assemblent comme des Lego : il n’y a rien à mettre entre elles. Une demi-journée de formation suffit pour que les gens soient capables de fabriquer des logements eux-mêmes, avant de s’y installer. Si quatre personnes s’y mettent, cinq jours suffisent pour construire une maison de 40 m2, démontable en trois jours – ce qui est utile, en raison des déplacements forcés.


Ces briques s'assemblent comme des Lego. Photo publiée sur le
site Internet de Conceptos Plasticos.


N'importe qui peut participer aux chantiers après avoir été formé durant une demi-journée. Photo envoyée par Oscar Mendez.
 

"La construction de ces logements coûte moins cher et pollue moins que la construction de maisons traditionnelles"

On estime que cela coûte 10 à 20 % moins cher de construire des logements en plastique recyclé plutôt que des logements "classiques" en milieu rural, sans compter que c’est moins polluant. On utilise en effet moins de matériaux – et des matériaux recyclés –, on n’a pas besoin de main d’œuvre qualifiée…

>> Pour en savoir plus sur la pollution générée par l’industrie du bâtiment, lire notre article : Polluer moins ? Deux Français remplacent le ciment par l’argile

Construire et équiper une maison de 40m2 nous coûte 6 300 euros environ. Cela inclut l’achat du plastique, son recyclage, etc. Il faut aussi ajouter 150 à 900 euros pour transporter les matériaux, selon l’endroit où le chantier est situé.


Une maison de 40m2. Photo envoyée par Oscar Mendez.


Une maison de 40 m2 comporte deux chambres, une cuisine, une salle à manger et une salle de bain, qui sont meublées. Le toit n’est pas en plastique : il peut être en tôle, en amiante-ciment, etc. Plan fourni par Oscar Mendez.


"On a déjà construit 1 400 m2 de logements"

Depuis deux ans, on a recyclé 160 tonnes de plastique. On a construit six maisons dans différents endroits du pays, dont bénéficient une trentaine de personnes. On a aussi construit trois refuges à Guapi, dans le département de Cauca (sud-ouest) – une zone bombardée par l’armée en mai 2015 – où vivent 240 déplacés environ. En tout, cela fait 1 400 m2 de logements. On a également prévu d’installer dix maisons à Carthagène, dans le département de Bolívar (nord-ouest).


Le refuge construit à Guapi. Photos envoyées par Oscar Mendez.


Actuellement, on peut recycler 90 tonnes de plastique par mois, ce qui permet de fabriquer 15 maisons. Mais on aimerait avoir la capacité d’en fabriquer 50. Par ailleurs, on souhaiterait également travailler dans d’autres pays. On a d’ailleurs déjà construit deux maisons au Costa Rica, pour se faire connaître.


Construction d'une maison au Costa Rica. Photo publiée sur la page Facebook de Conceptos Plasticos.


Jusqu’à présent, ce sont des entreprises locales, des ONG, des fondations ou encore les pouvoirs publics qui ont financé nos projets, puisque ce ne sont pas les bénéficiaires qui peuvent le faire. Mais on aimerait bien ne plus dépendre d’eux. Il faudrait donc que l’on dépense moins. Une solution serait que les habitants de Bogota trient et nous amènent leur plastique directement, pour qu’on n’ait plus besoin de l’acheter. Ou il faudrait que l’on recycle suffisamment de plastique pour avoir des excédents que l’on pourrait revendre.


En juillet, l’entreprise Conceptos Plasticos a gagné le prix "The Venture", qui récompense les projets innovants.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone