Il y a trois ans, les habitants du village de Brachoua, à 50 kilomètres de Rabat, au Maroc, vivaient dans une très grande précarité. Sans eau courante ni électricité, ils parvenaient à peine à subvenir à leurs besoins alimentaires. Désormais, grâce à un projet de jardins agro-écologiques, le village s'autosuffit. Il est même devenu récemment une destination prisée des touristes.

Ce projet de jardins potagers s’est développé sur le modèle des "incroyables comestibles", du nom de ce mouvement solidaire né en 2009 en Angleterre, en réaction à la crise économique, et qui consiste à planter fruits et légumes partout où c’est possible, à respecter la terre et à en partager les dons.

C’est notamment grâce au soutien de l’association Ibn al-Baytar, qui développe des projets de coopérative agricole (elle est notamment subventionnée par la principauté de Monaco, le British Concil, et des ambassades européennes au Maroc) que les habitants du village de Brachoua ont pu développer un modèle de permaculture, c'est-à-dire de cultiver des produits adaptés à l'environnement local, respectant les êtres vivants, en utilisant des méthodes de production naturelles et peu coûteuses. 

L'encadrement nécessaire d'Ibn al-Baytar et le modèle peu coûteux proposé ont fait revivre le village : Brachoua, qui compte 60 familles, dispose désormais de 30 jardins potagers.

L'un des potagers du village.

"Le secret ? Ne pas utiliser de pesticides. Seulement du compost, qui agit comme un engrais bio"

Mohamed Chafchaouni est vice-président de l’association Ibn al-Baytar. C’est lui qui a accompagné ce projet inédit dans un village du nord du Maroc.

Des habitants du village ont entendu parler des coopératives autour de la production d’huile d’argan que nous développons dans le sud du Maroc. Ils nous ont contactés et demandés de développer un projet de coopérative chez eux à Brachoua. Je me suis rendu dans leur village après leur avoir fait visiter une ferme biologique près de Rabat. Ils ont été séduits par l’idée.

À la réunion, cependant, seuls les hommes étaient présents. Nous leur avons expliqué l’importance de la parité homme-femme, car le but est aussi de rendre les femmes plus autonomes, sachant que la plupart d’entre elles sont femmes au foyer et n’ont pas de revenus. Lors d’une deuxième réunion, les femmes étaient présentes. La dynamique était lancée.



Avec les habitants, nous avons étudié leurs savoir-faire et l’environnement dans lequel ils vivent. Les femmes élevaient des poules qu’elles vendaient à prix bas au marché. Des habitants cultivaient des jardins, mais la plupart étaient à l’état d’abandon. Nous les avons encouragés à développer des jardins potagers biologiques. Le secret ? Ne pas utiliser de pesticides. Seulement du compost, composé de déchets organiques, qui agit comme un engrais bio, et prodiguer beaucoup de soin et d’attention à la terre. En plus, ça ne coûte vraiment pas cher.

"Des familles ne se parlaient plus, elles ont renoué le dialogue"

Ce projet commun a permis de créer davantage de cohésion sociale au sein du village. Des familles ne se parlaient plus et elles ont renoué le dialogue grâce aux produits cultivés qu’elles s’échangent. Le village vit maintenant en autosuffisance et peut même vendre son surplus.

À ce projet de jardins potagers s’est ajouté un projet de tourisme solidaire. Conscients de la beauté du paysage autour du village, nous leur avons proposé de recevoir des citadins marocains en mal de terroir. Après trois ou quatre heures de randonnée, ils peuvent goûter la nourriture qu’ont préparée ensemble les femmes du village. Elles ont même développé un couscous à base de farine de lentille, un régal !

Vente de nourriture issue des cultures de Brachoua à des touristes.

Touristes à Brachoua.

Le village s’ouvre désormais à l’international. Il reçoit des touristes étrangers qui dorment et se restaurent chez les habitants. C’est une occasion pour les habitants de s’ouvrir au monde et bien sûr d’engranger des retombées économiques supplémentaires.
 

"Grâce à nos revenus, trois de nos enfants vont maintenant à l’université"

Bouchra est une habitante de Brachoua et préside la coopérative de femmes qui s’est créée autour de ce projet.

"Ce projet de jardins potagers nous a beaucoup apporté. Nous sommes pour la plupart mariés avec des enfants et grâce à la vente de nos produits, oignons, pommes, menthe, poulets et œufs nous avons gagné en autonomie. Je me rends à Rabat pour les vendre directement à nos clients. Je peux vendre un poulet jusqu’à 100 dirhams (environ 9,20 euros), presque deux fois plus qu’à un intermédiaire au marché.

Des femmes du village, apportant à des touristes les plats préparés avec des produits locaux.

Aucune femme n’espérait un jour gagner jusque 600 dirhams (environ 55 euros) par semaine, mais c’est bien le cas aujourd’hui, ça va parfois jusqu’à 1000 dirhams (92,25 euros) grâce à la visite des touristes. Nous pouvons maintenant contribuer à subvenir aux besoins de nos familles. Et cela a eu des effets positifs sur nos vies de couple. Les disputes sont moins fréquentes. Et nous pouvons financer les études de nos enfants. Trois d’entre eux, c’est notre fierté, vont maintenant à l’université. C’est une vraie chance pour notre village. Bien d’autres villages souhaitent maintenant connaître à leur tour le même développement. "




Un article écrit en collaboration avec Imane Moustakir, journaliste à France 24.

Article écrit en collaboration avec
Dorothée Myriam kellou

Dorothée Myriam kellou , journaliste rédacteur arabophone