Comment apporter la connaissance et les livres dans des régions du Mali où manquent cruellement les bibliothèques ? Un de nos Observateurs s’est engagé dans un projet permettant d’apporter la lecture via des "e-books "dans des recoins où l’accès à la culture est difficile.

Avec 67 % des enfants maliens scolarisés à l’école primaire, le Mali s’est approché au cours des 10 dernières années de son objectif de 70 % d’ici 2017. Mais le dernier constat du ministère de l’Éducation nationale malien est sans appel : selon les deniers chiffres de 2013, 56 % des garçons et seulement 14 % des filles ont accédé au "cycle fondamental 2" (7e à 9e année d’école, entre 13 et 15 ans, l’équivalent du collège français).



Au-delà du décrochage scolaire, le manque d’infrastructures est également pointé du doigt : peu d’écoles disposent de bibliothèques, et lorsque c’est le cas, les livres sont souvent peu renouvelés. Certaines ont notamment été à plusieurs reprises endommagées lors d’inondations et jamais remises à neuf. Pour exemple, dans l’une des plus grandes bibliothèques universitaires de Bamako, celle de l’École normale supérieure, aucun livre n’a été reçu depuis 2002 selon le responsable de la bibliothèque.

Des lycéens de Markala se familiarisent à la lecture sur un e-book. Photo Malebooks.

Partant de ce constat, plusieurs associations, comme la française Human’ESDES ou encore l’espace de co-working Jokkolabs au Mali ont lancé dès 2014 le projet Malebooks [Mali+ebooks] pour favoriser la lecture.

Le projet a déjà permis de distribuer 48 liseuses contenant en moyenne 4 000 livres libres de droit chacune dans des écoles de régions de Ségou, de Gao et Bamako à des lycéens et des étudiants âgés entre 13 et 19 ans. L’initiative ne s’est pas limitée à la distribution de matériel : les étudiants ou élèves ont été formés à l’utilisation des liseuses, contenant des romans ou des poèmes.

Carte des villes et établissement qui participent actuellement au projet Malebooks.

"Avec une liseuse, l’élève a comme une grande bibliothèque dans la main !"

Mais apporter la lecture grâce à des "e-books" est-il efficace ? Boukary Konaté est un professeur d'anglais-français, certifié en bambara à Bamako. Il a participé à la gestion des contenus et a décidé de s’engager dans ce projet.

Beaucoup d’étudiants m’ont confessé par le passé avoir réussi à obtenir leur diplôme sans avoir jamais lu un roman, en dehors des livres étudiés en classe ! Se contenter de son cahier de cours aujourd’hui en 2016, je ne crois pas que ce soit suffisant…

Pour moi, les liseuses c’est l’outil idéal pour réapprendre à lire : après 6 mois passés dans le projet, j’ai pu me rendre compte que pédagogiquement, c’est une source de motivation pour la plupart des élèves, réceptifs à la technologie. Nous avons observé que les enfants prenaient plaisir à lire plus régulièrement, notamment des romans. Ça leur donnait également une plus grande liberté de choix.

Aujourd’hui, nous lisons sans vraiment lire. Nous sommes tous connectés quotidiennement via les réseaux sociaux, nous lisons via des flux continu… De cette expérience, je retiens que la technologie peut apprendre à mieux lire, car l’outil demande à l’élève de prendre son temps. Et une liseuse peut avoir 4 000 livres. C’est comme si l’écolier se déplaçait avec une bibliothèque dans la main !


En avril 2014, notre Observateur expliquait pourquoi il avait décidé de se lancer dans cette aventure. Sa motivation est toujours la même en juin 2016.

"Je lance un appel aux auteurs africains qui souhaiteraient nous aider"

Un an après la fin de la première phase du projet sur les trois régions tests, les retours semblent très positifs : 91 % des participants affirment avoir "appris quelque chose" en empruntant le e-book et 95 % disent avoir envie de relire par ce biais.

Malgré un bilan positif, et un projet qui souhaite s’étendre à d’autres écoles, Boukary Konaté a un regret :

Dans ce projet, nous espérions pouvoir nous focaliser sur des contenus venant d’auteurs africains, dont les thèmes correspondent au programme de l’enseignement du Mali.

Malheureusement, nous avons eu beaucoup de difficultés à obtenir l’accord d’auteurs africains, qui sont encore réticents à transmettre leurs contenus pour des questions de droits d’auteur. Je souhaite d’ailleurs lancer un appel à tous les auteurs maliens, ou d’autres pays, qui pourraient nous venir en aide avec du contenu de qualité !

Selon un premier rapport sur le projet, les romans sont les contenus les plus consultés dans les participants du projet. Photo Malebooks.

Vous souhaitez aider le projet Malebooks ? n’hésitez pas à contacter notre Observateur Boukary Konaté à konate76@gmail.com ou son initiateur Renaud Gaudin rgaudin@gmail.com .

Découvrez également son autre projet pour la sauvegarde de la culture malienne "Quand le village se réveille".

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone