Dans un contexte de crise politique et sécuritaire au Burundi, difficile pour des projets écologiques de trouver leur place. Pourtant, des habitants d’un quartier du nord de la capitale Bujumbura ont lancé une initiative de recyclage, convaincus que c’était le meilleur moyen d’aider leur quartier.


Dans les décharges, dans les caniveaux, ou directement chez les habitants, ils sont une vingtaine à se retrousser les manches à Kinama, quartier dans le nord-ouest de Bujumbura, et à arpenter les tas d’ordures à la recherche de déchets recyclables.

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© Armel Gilbert Bukeyeneza
Cette initiative permet aussi de faire du porte-à-porte dans le quartier pour récupérer et trier les objets pour les revendre par la suite, ou recycler les objets encore utilisables.

Ces Burundais recherchent des peaux de bananes, des sacs plastiques ou des bouteilles en plastique recyclables. Ils utilisent deux machines : l’une permet de faire le tamisage pour récolter des matériaux recyclables (charbon, matériaux organiques…) et l’autre de compresser ensemble les bouts de charbon récoltés. Mais ils font également un long et patient travail de tri à la main.

C’est leur manière, depuis août 2013, d’initier des réflexes écologiques dans leur quartier. Leur initiative a permis de créer d’une vingtaine d’emplois à plein temps. Une fois transformée, sous forme de compost ou de charbon biologique, la biomasse est revendue à des prix très faibles, 10 francs burundais le kilo (1 centime d’euro), sur les marchés de Kinama, un quartier pauvre de Bujumbura.


Notre Observateur Armel Gilbert, blogueur et rédacteur en chef du site Burundi Eco, est allé à la rencontre des créateurs d'une petite entreprise baptisée "Tugwanye umwavu mu gusukura aho tubaye" ("Luttons contre les déchets en rendant propre notre chez-nous") pour comprendre comment ils se sont impliqués malgré les obstacles.

"Ce qu’ils font peut paraître simple, mais au Burundi, il est rare de trouver du compost dans la capitale"

On ne peut pas dire que les pratiques écologiques soient une priorité pour les Burundais, qui ont d’autres préoccupations. Dans la capitale, ces hommes sont des précurseurs, car il n’y a pas d’autres actions comme la leur à ma connaissance [plusieurs projets ont été lancés au Burundi courant 2013, notamment pour créer des pavés à base d’objets recyclés ou autour des questions des déchets électroniques. [Ces projets ont souvent été mis entre parenthèses, faute de financement, NDLR.]

Jusqu’à la crise, ils avaient un financement via l’Agence belge de développement. Mais à partir d’avril 2015, à cause des troubles, beaucoup d’organismes publics et privés qui finançaient des projets ici se sont désengagés, et ces habitants se sont retrouvés avec quasiment rien. Pourtant ils ont continué leur activité, et sans augmenter les prix. Pendant plusieurs mois, ils ne touchaient quasiment pas de salaire. Mais c’était leur façon à eux de survivre à la crise.

Ils se sont beaucoup inspirés de ce qu’ils ont vu ailleurs, aussi en créant du charbon biologique à partir des déchets organiques [de la même façon que certains autres de nos Observateurs au Cameroun, dont vous pouvez retrouver l’initiative ci-dessous].

>> Lire : Au Cameroun, du charbon écologique à base d'ordures ménagères

© Armel Gilbert Bukeyeneza


Ce qu’ils font peut paraître simple, mais au Burundi, il est rare de trouver du compost dans la capitale. C’est plutôt quelque chose qui se fait dans les zones rurales, en dehors de la capitale. Ici, on avait une matière inexploitée et jetée. Si l’initiative parvenait à grandir, je suis persuadé que ça contribuerait à résoudre les problèmes d’insalubrité dans les rues de Bujumbura."


© Armel Gilbert Bukeyeneza


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Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone