L’industrie du bâtiment est l’une des principales sources d’émission de gaz à effet de serre. À elle seule, la production de ciment est responsable de 5 % du CO2 rejeté dans l’atmosphère. Une entreprise française basée en Vendée propose une alternative, moins onéreuse et vingt fois moins polluante.

Le béton de ciment est aujourd’hui l’un des matériaux de construction le plus utilisé au monde. En 2013, quatre milliards de tonnes de béton ont été produites selon les chiffres de l’Institut d’études géologiques des États-Unis dans un rapport daté de février 2014.

Mais l’impact environnemental de ce matériau omniprésent sur tous les continents est très peu connu. Pourtant, selon plusieurs études, produire une tonne de ciment entraînerait une émission d’environ 900 kg de C02. Son principal constituant, le clinker, nécessite une cuisson à près de 1 450°C, ce qui explique la forte consommation énergétique.

C’est pour cela que Julien Blanchard et David Hoffman ont inventé un nouveau produit, aussi solide que le béton et beaucoup moins nuisible à l’environnement.

David Hoffman et Julien Blanchard, les deux concepteurs du projet de ciment à base d'argile.

"La production d'une tonne de ciment d’argile pollue 20 fois moins que le ciment"

Julien Blanchard, responsable de la société Argilus basée à Chaillé-sous-les-Ormeaux, en Vendée.

J’ai créé en 2010 mon entreprise de construction "Argilus". L’argile est un produit 100 % naturel qui peut être utilisé pour faire des enduits ou des isolants. Je souhaitais poursuivre dans le domaine de l’éco-construction et j’ai alors rencontré David Hoffmann, un ingénieur chimiste qui a trouvé un procédé permettant de créer une matière aussi solide que le béton à partir d’argile. Jusqu’ici, il était en effet difficile de rivaliser avec le béton de ciment étant donné la solidité de cette matière.

Julien Blanchard tenant des blocs d'argile aussi solides que du béton. Photo : HP2A.

La technologie que nous proposons repose sur une réaction chimique qui permet de reconstituer un bloc dur à partir d’une matière argileuse. Nous l’avons appelé "HP2A", il s’agit de l’acronyme de "Haute Performance d’Activation Alcaline". Les argiles sont créées naturellement à partir de la pierre.

Le chimiste David Hoffman dans son laboratoire. Photo : HP2A.

Nous proposons une réaction moléculaire grâce à ce qu’on appelle des réactifs alcalins qui permettent de "remonter le temps". [Les métaux alcalins sont des éléments chimiques, il s’agit du lithium, du sodium, du potassium, du rubidium, du césium et du francium NDLR.] Ces réactifs permettent de durcir l’argile sableux pour en refaire une "pierre". Et cela à température ambiante.

La poudre d'argile durcit à température ambiante grâce à une réaction moléculaire. Photo : HP2A.

La poudre d'argile durcit à température ambiante grâce à une réaction moléculaire. Photo : HP2A.

Lutter contre la disparition des plages

Conséquence : nous n’avons pas besoin de passer par une phase de cuisson, ce qui est le cas dans la production de ciment.

Par ailleurs, notre matière première est l’argile et on en trouve partout, sur tous les continents. [L’argile est issue de la décomposition de roches sédimentaires, NDLR.] Ce n’est pas une matière rare, en ce sens elle est peu chère.


En plus, cela nous permet de ne pas utiliser de sables marins, qui sont souvent utilisés dans la construction de ciment. Nous luttons ainsi contre la disparition des plages [l’exploitation industrielle du sable a déjà grignoté au moins 75 % des plages du monde et englouti des îles entières selon un documentaire réalisé par Arte, NDLR].

Un produit recyclable

Quand la production d’une tonne de ciment rejette 900 kg de CO2, nos études ont montré que la réalisation d’une tonne de ciment d’argile rejette 50 à 100 kilos de CO2, c’est 20 fois moins.

Il faut également savoir que le béton de ciment utilisé dans la majorité des constructions aujourd’hui ne se recycle pas. Par exemple, quand on démolit un bâtiment fait de béton de ciment on ne peut pas récupérer les gravas pour reconstruire. [En France, les déchets du secteur du bâtiment et des travaux publics représentent près de 300 millions de tonnes par an, dont 36 % sont des produits à partir de béton de ciment, pour lesquels on estime que seule la moitié est recyclée, NDLR.]

Un coût identitique, voire inférieur

Le ciment d’argile est lui recyclable, nous pouvons utiliser tous les sables, y compris ceux issus de la démolition. Dernier avantage : le coût de fabrication est identique, voire inférieur à celui du béton utilisé actuellement.

Vidéo de présentation.

Nous avons déposé un brevet et nous souhaitons commencer la commercialisation dès 2017. Plusieurs grandes entreprises nous ont contactés pour nous soutenir comme Michelin, Total ou Airbus. Nous allons ouvrir une unité de production ici, en Vendée. Aujourd’hui la société Argilus emploie quinze personnes, nous souhaitons doubler notre effectif.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet