ACTUALISATION (29 avril 2016, 10 heures)

Le jeune Iranien qui s'était immolé par le feu dans le centre de rétention de Nauru mercredi est décédé des suites de ses blessures après avoir été évacué vers un hopital en Australie, a annoncé le ministre de l'Immigration australien, Peter Dutton.

ARTICLE D'ORIGINE (28 avril 2016)

Un migrant bloqué dans un centre de rétention sur l'île de Nauru depuis trois ans a commis un acte désespéré mercredi 27 avril. Pour protester contre sa détention, ce jeune Iranien s’est immolé par le feu et la scène, terrible, a été filmée par plusieurs migrants.

Refoulés par l’Australie, plusieurs centaines de migrants, dont une quarantaine d’enfants, sont retenus dans un centre de la république de Nauru. L’Australie sous-traite la prise en charge des migrants à ce micro-État insulaire isolé sur l’océan Pacifique.

Mercredi, après la visite d’une équipe de l’Agence des Nations unies pour les Réfugiés (UNHCR) dans le camp, Omid, 23 ans, s’est immolé dans un accès de colère.

L’une des vidéos de l’incident qui circule sur les réseaux sociaux montre l’homme fustiger notamment les membres de l’UNHCR, alors qu'ils quittaient les lieux.

France 24 a choisi de ne publier que des captures d’écran de cette vidéo très dure.


Des migrants qui étaient sur les lieux ont accouru et éteint le feu avec des couverture.

"On est malades, fatigués, vous avez détruit nos vies ! Vous êtes venus juste pour voir notre misère ? On mène une vie misérable ! Cela fait trois ans que vous nous torturez !", s’est-il emporté.

Le jeune homme a ensuite mis le feu à son corps, et s’est mis à courir et à se débattre en hurlant de douleur. Puis on voit plusieurs autres migrants accourir vers lui et éteindre le feu avec des couvertures. Les dernières images montrent l’homme allongé par terre sur le ventre, souffrant de brûlures sur de larges parties du corps.

Le ministre australien de l’immigration Peter Dutton a déclaré que le blessé était dans un état très grave et qu’il serait évacué par avion dans la nuit de mercredi vers l’Australie pour y être soigné ; à l’heure où nous mettons en ligne, nous n’avons encore reçu confirmation de son évacuation.

Peter Dutton s’est toutefois montré très ferme envers les migrants. "Si des gens pensent que des actes d’auto-immolation (…) vont leur permettre de venir s’installer définitivement en Australie, je le dis encore : cela n’arrivera pas ", a affirmé le ministre, cité par The Guardian Asustralia.

Il a en outre indiqué que cinq autres personnes avaient également tenté de s’immoler mercredi, et que deux femmes iraniennes étaient portées disparues depuis dimanche 24 avril.

Inquiétudes autour de l'état de santé mentale des détenus

Le représentant général de l’UNHCR Thomas Albrecht s’est pour sa part montré inquiet de l’"état mental grave" dans lequel se trouvent beaucoup de migrants, et réclamé des actions urgentes pour prévenir une détérioration de leur santé mentale.

Plusieurs dizaines de migrants avaient manifesté début avril pour rappeler aux autorités australiennes qu’ils ont passé près de 1 000 jours dans ce camp. Selon des témoignages qui nous sont parvenus du camp, ces manifestations ont été émaillées de plusieurs incidents qui ont fait des blessés aussi bien parmi les migrants que chez les agents de sécurité.

Il reste très difficile de savoir ce qui se passe exactement dans ce camp. Depuis plusieurs mois, les médias internationaux se voient systématiquement refuser l’accès à l’île.

Il y a un an, nous avions déjà reçu plusieurs photos de migrants détenus sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, un autre État à qui l'Australie sous-traite la prise en charge de ses demandeurs d'asile.