À la frontière gréco-macédonienne, les tensions entre migrants et forces de l’ordre tournent parfois à l’affrontement. Et les plus jeunes sont bien souvent les premières victimes, comme cela a été le cas dimanche. Notre Observateur sur place lance un cri d’alarme concernant la situation des enfants à Idomeni.


Environ 11 000 migrants campent à Idomeni, un village grec situé à quelques mètres de la Macédoine, depuis la fermeture de la frontière début mars. Dimanche 10 avril, plusieurs centaines d’entre eux ont tenté de forcer le passage frontalier, avant d’en être empêchés par la police macédonienne. Cette dernière a lancé des bombes lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc afin de les repousser.

Idomeni wracked by tear gas and rubber bullets

Today, we were horrified to witness the events unfolding in Idomeni. From early this morning, the Macedonian police fired rubber bullets, tear gas and water from water canons indiscriminately and relentlessly at the thousands living at the camp. There were once again rumours spreading in the camp that the border would open this morning at 9AM. When we got there, there were large crowds gathered. Families waited along the road with their bags packed, hopeful that today would signal the end of their long nightmare. Instead, the refugees were met with unbelievable force. We saw babies being rushed to hospital because they couldn't breathe, children screaming at every blast, desperate people with nothing to lose and more hopelessness than any person should ever have to know. Within the borders of Europe, people once again heard the sound of guns, blasts and helicopters that they ran away from.Read Lighthouse Relief and other organisations' witness reports from the field in the Independent: http://www.independent.co.uk/news/world/europe/idomeni-macedonia-police-tear-gas-refugee-border-greece-a6977141.html and in our twitter feed: https://twitter.com/LighthouseRR

Posted by Lighthouse Relief on Sunday, April 10, 2016
Vidéo postée sur Facebook par
Lighthouse Relief, une ONG présente à Idomeni.

Les équipes de Médecins sans frontières ont prodigué des soins à 300 migrants environ, dont une trentaine d’enfants âgés de 5 à 15 ans. La plupart d’entre eux présentaient des problèmes respiratoires, après avoir été exposés au gaz lacrymogène. Trois enfants de moins de 10 ans ont également été blessés à la tête par des balles en caoutchouc.

"Parmi nos patients à Idomeni, on avait aujourd'hui trois enfants âgés de moins de 10 ans blessés à la tête par des balles en plastique."

"Les enfants dessinent des bâtiments en feu : on voit qu’ils sont traumatisés"

Mohamed El Dahshan est volontaire pour une ONG locale à Idomeni, où il a aidé à soigner des migrants dimanche.

Des rumeurs avaient circulé la veille, selon lesquelles la frontière allait enfin rouvrir le dimanche. Du coup, des familles entières avaient préparé leurs bagages. Par ailleurs, comme il y avait peu de policiers du côté macédonien, certains se sont dit que c’était le signe qu’ils allaient enfin les laisser passer.

Dimanche matin, des centaines de personnes se sont donc dirigées vers la frontière, même si les familles se tenaient plutôt à l’arrière. Très rapidement, la police macédonienne a lancé du gaz lacrymogène en direction des migrants. Certains ont alors répliqué avec des pierres.


Live, happening right now - - Macedonian border guards started tossing tear gas, at increasingly wide angles. #idomeni #Greece #refugees

Posted by Mohamed El Dahshan on Sunday, April 10, 2016
Vidéo tournée par Mohamed El Dahshan.

"Le gaz lacrymogène est arrivé jusqu’aux tentes où vivent les familles"

Au début, les bombes de gaz lacrymogène étaient lancées juste derrière la clôture, mais elles ont ensuite été tirées beaucoup plus loin, à 300 m, où se trouvent les tentes dans lesquelles vivent les familles. Du coup, on a commencé à soigner de plus en plus de femmes et d’enfants, qui avaient inhalé du gaz. On a également transféré un jeune de 16 ans à l’hôpital, car il avait visiblement une jambe cassée. Il avait réussi à franchir la clôture, avant d’être frappé par la police macédonienne, qui l’a ensuite renvoyé du côté grec. C’est terrible, car ce jeune n’a pas de famille sur place…


"On soigne ce jeune de 16 ans, qui aurait été frappé par les autorités."

"Les jeunes ont besoin d’un énorme soutien psychologique"

Au-delà des blessures physiques, les enfants et les adolescents présents à Idomeni ont surtout besoin d’un énorme soutien psychologique, car beaucoup ont connu la guerre, l’état de siège – comme ceux ayant vécu à Alep, en Syrie, par exemple… Sans compter que leurs parents sont constamment stressés.

Récemment, j’ai demandé à un adolescent quel âge il avait. Il m’a répondu : "J’ai 14 ans. Ou 13 ans." Je lui ai dit : "Tu n’es pas sûr ? Tu ne connais pas la date de ton anniversaire ?" Il a alors soupiré : "Je ne sais pas. Je me rappelle que je suis né en 2003." Surpris, je lui ai répondu : "Comment ça ?" Il m’a alors raconté qu’il ne se souvenait pas de la date exacte de son anniversaire, puisqu’il ne l’avait pas fêté depuis des années…

Hier, j’ai croisé un Irakien de 7 ou 8 ans qui faisait semblant d’être blessé, uniquement pour recevoir des signes de tendresse. Je connais également un adolescent syrien d’une quinzaine d’années qui se coupe la peau au rasoir : c’est clairement le signe d’une dépression aiguë.

Par ailleurs, on voit qu’ils sont traumatisés à travers leurs dessins : ils dessinent des bâtiments en feu, des avions, des tentes…

"Les jeunes n’ont rien à faire à Idomeni"

Le problème, c’est que les enfants et les adolescents n’ont rien à faire ici, et surtout rien pour se distraire, à l’exception de quelques activités menées par les associations. Par exemple, on tente d’organiser quelques cours d’arabe, d’anglais, de mathématiques et de dessins, dans une tente. Mais on n’a pas de livres et les enfants ont des âges très variés, donc il est difficile de parler de "cours" à proprement parler. Mais pour les enfants, c’est une façon de passer le temps…


Une balle en caoutchouc (gauche) et une canette de gaz lacrymogène (droite) ramassées par Mohamed El Dahshan, après les violences de dimanche.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone