Longer la départementale, à contresens, sans trottoir, c’est le quotidien d’un groupe de jeunes des quartiers nord de Marseille pour se rendre au collège, à une quinzaine de minutes à pieds de chez eux.  Cette situation dure depuis la rentrée 2015.  Pour Pas 2 Quartier, une habitante a décidé de filmer leur itinéraire à risque.
 
Jusqu’en septembre dernier, ces élèves utilisaient une passerelle pour piétons sécurisée pour se rendre au collège Massenet, dans le quartier de Saint-Joseph, de l’autre côté de la voie rapide. Mais dans le cadre des travaux liés à la construction de la Rocade L2, ce passage a été détruit. Depuis le début de l’année scolaire, les collégiens des quartiers de Bassens et des Castors de Servières se sont donc frayés un autre chemin : ils longent la départementale, traversent rond-point et sortie d’autoroute, pour enfin accéder à une autre passerelle qui passe au dessus de l'A7, l’autoroute du Soleil.

 
Vidéo réalisée par Amina de l'association Made Bassens. Le groupe fait ce trajet matin et soir depuis le début de l'année scolaire.
 
Amina travaille pour l’association Made de la cité Bassens, qui accompagne notamment certains de ces jeunes dans leurs devoirs après les cours. Après un première accident, et voyant que la situation s’éternisait, elle a décidé de les accompagner avec son téléphone portable sur le chemin de l’école.
 
Les cités de Bassens et de Servières ont la même problématique, les habitants n’ont qu’un passage pour se rendre au collège Massenet de l’autre coté de l’autoroute. La passerelle a été détruite pendant les grandes vacances, les habitants disent ne pas avoir été mis au courant. Il semblerait que la structure était aussi trop ancienne mais aucune solution n’a été apportée à la vingtaine de collégiens de ces cités qui font pourtant le trajet tous les jours. Ce problème concerne aussi une poignée d’élèves de primaires placés dans des établissements à Saint-Joseph, qui offrent plus de services que nos écoles élémentaires, ainsi que les personnes âgées qui ne conduisent pas. L’autre solution serait le bus, mais les familles n’ont simplement pas les moyens de payer et encore moins quand ça concerne plusieurs enfants par foyer. Depuis le temps, les responsables  auraient pu imaginer un système de bus gratuit le temps que l’on reconstruise quelque chose. Il faut bien comprendre que les cités dont on parle sont dans une zone industrielle où il n’y a rien, pas de commerce de proximité. On est obligé de sortir.
 
Carte réalisée par l'équipe de Pas 2 Quartier qui reprend l'itinéraire habituel des collégiens.

Dans la vidéo, Amina fait témoigner une jeune fille qui a été renversée à la sortie de l’autoroute en début d’année scolaire. Si la collégienne s’en est sortie sans gravité, par le passé, plusieurs accidents liés aux problèmes d’accessibilité des cités ont déjà traumatisé les habitants.
 
La cité de Bassens a été construite au milieu des années 60 juste à côté d’une voie de chemin de fer dont l’accès était à peine protégé. Une dizaine d’enfants sont morts avant que les autorités ne réagissent [Le mur a finalement été construit treize ans après que le premier enfant a été fauché. Une plaque commémorative a été érigée en leur mémoire. ] Et un autre habitant est mort en 2014 en traversant deux voies rapides. On ne doit pas attendre une nouvelle catastrophe.

Consulté par les jeunes filles, le principal du collège Massenet a fait remonter le problème à la préfecture et a finalement reçu une réponse de la société en charge des travaux de la L2. Les responsables expliquent que la reconstruction du pont a été décalée au mois de février 2016 sans en préciser les raisons. Mais selon Amina, rien n’indique que la construction de la nouvelle passerelle a été lancée.  
 
On a essayé d’alerter les responsables, en vain. Notre impression, c’est qu’on n’a pas de moyens concrets de peser sur les décisions qui nous concernent directement. À Bassens, nous dépendons de la politique de la ville des 13e et 14e arrondissements [soit le 7e secteur], pourtant le découpage territorial veut que nous votions
pour des élus du 15e arrondissement...

Participer à cette vidéo a été une prise de conscience pour les collégiens, explique la responsable associative. "Ils en sont arrivés à un stade où ils se disent ‘c’est normal qu’on nous oublie, qu’on ne soit pas au courant, c’est parce qu’on vient de Bassens’. Et c’est en se laissant filmer, en répondant aux questions, que le groupe a pris conscience que ce quotidien n’avait rien de normal".

Article écrit en collaboration avec
Ségolene Malterre

Ségolene Malterre , Chef d’édition / Présentatrice TV