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Fin mars, les sacs en plastique, trop polluants, seront interdits dans les supermarchés français. Cependant, certaines formes de plastique n'endommagent pas l'environnement et pourraient même, à terme, remplacer le plastique "classique", fabriqué à base de pétrole. C’est en tout cas l’objectif de l’entreprise Algopack, qui produit du bioplastique à partir d’algues brunes en Bretagne, dans l’ouest de la France.

Basée à Saint-Malo, Algopack est une petite entreprise employant quatre personnes, dont Rémy Lucas. Ce dernier, qui a fondé l’entreprise en 2010, nous explique leur méthode.

Une clé USB fabriquée à partir d'algues.

Les algues, une alternative au pétrole et aux denrées agricoles


Traditionnellement, le plastique est fabriqué à partir de pétrole, une ressource dont les réserves s’épuisent dans le monde entier. Du coup, il faut le rechercher toujours plus loin et profondément, ce qui coûte cher, sans compter que c’est catastrophique au niveau environnemental.

Par ailleurs, une bonne partie du plastique se perd dans la nature, même s’il est en partie recyclé. On estime que plusieurs centaines de kilos de plastique se retrouvent dans la mer chaque seconde. [Selon une étude publiée dans la revue Science, entre 4,8 et 12,7 millions de tonnes de plastique ont été déversées dans les mers en 2010, soit entre 150 et 400 kg par seconde, NDLR.] Il se transforme alors en microparticules, qui sont ingérées par les poissons et se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire. Et de nombreux animaux s’étouffent également à cause des sacs plastiques.

C’est pourquoi on recherche des solutions depuis plusieurs années pour fabriquer du plastique sans pétrole. Une seconde génération de plastique a été développée, notamment à partir de maïs. Mais utiliser des denrées agricoles pour fabriquer du plastique est un non-sens à mon avis, dans la mesure où ces denrées sont parfois rares et que la population ne cesse d’augmenter.

J’ai donc souhaité développer une troisième génération de plastique, à partir d’algues. Cette idée m’est venue en raison de mes racines familiales et de mon expérience professionnelle. Je viens d’une famille du nord du Finistère [un département de la Bretagne, NDLR], qui a travaillé dans la récolte des algues marines pendant 200 ans. Par ailleurs, j’ai travaillé dans la plasturgie durant quinze ans, dans le développement des biomatériaux.

C’est dans mon garage que j’ai commencé à analyser les constituants de différentes algues, avant de les transformer grâce à des appareils utilisés dans la plasturgie. Puis, j’ai créé mon entreprise et breveté cette invention.


Une
vidéo dans laquelle Rémy Lucas présente son travail.

Comment fabriquer du plastique à partir d’algues ?


On utilise différents types d’algues, de la famille des algues brunes, qu’on cultive pour éviter de piller l’écosystème marin. Les algues présentent l’avantage de consommer très peu d’eau, et ne nécessitent aucun engrais ou pesticide. Par ailleurs, elles captent du dioxyde de carbone – 960 kg à la tonne – et produisent de l’oxygène, ce qui permet le développement du plancton.


Culture d'algues brunes, à Saint-Malo.


On cultive les algues à Saint-Malo, sur une zone de 12 hectares, dans le nord du Finistère, mais également au sud du Portugal, en Irlande et en Norvège. On ne veut pas cultiver trop d’algues au même endroit afin de sécuriser l’approvisionnement, au cas où une tempête viendrait tout détruire par exemple.


Les algues brunes utilisées pour produire du bioplastique. Capture d'écran de la
vidéo ci-dessus.


Une fois les algues récoltées, elles arrivent dans notre usine, à Saint-Malo. Elles sont alors transformées en granules d’un millimètre, grâce à un procédé mécanique et thermique. Cette opération est peu gourmande en énergie et ne produit aucun déchet. L’an passé, on a produit 100 tonnes de granules.


Les granules de bioplastique fabriqués par Algopack. Capture d'écran de la vidéo ci-dessus.


Ensuite, les granules sont vendus à une vingtaine d’industriels de la plasturgie, qui les utilisent pour fabriquer différents produits : clés UBS, panneaux signalétiques, emballages alimentaires, luminaires, jouets, montures de lunettes, jetons de caddies… Ces objets sont biodégradables – ils peuvent se décomposer en 12 semaines lorsqu’ils sont dans la terre – et compostables. [L'entreprise ne souhaite plus communiquer sur ses tarifs. Rémy Lucas indiquait en 2014 que la tonne de granules était vendue à 1 200 euros, soit environ le même prix que le plastique classique, NDLR.]

Ce plastique, entièrement fabriqué à partir d’algues, se nomme "Algopack". Mais on produit également un autre type de plastique, "Algoblend", composé d’algues à 50 % seulement.


Jetons de supermarché.

Tablette.

Luminaire.

Une solution face au problème des sargasses ?

Depuis plusieurs mois, de nombreuses îles des Caraïbes sont envahies par les sargasses, ces algues brunes à l’odeur nauséabonde lorsqu’elles se décomposent sur les plages (voir notre reportage "Ligne Directe" sur le sujet ici). Ces algues pourraient trouver leur utilité grâce à la chimie bleue [transposer les concepts de la chimie verte – respectueuse de l'environnement – à la biomasse végétale marine, NDLR], comme l’explique Rémy Lucas :

On a travaillé sur le sujet et on sait désormais qu’il est possible de fabriquer du plastique entièrement à partir de sargasses. Il reste à organiser la récolte et à voir où il serait possible de les transformer. Si tout va bien, on devrait pouvoir commencer à utiliser les sargasses pour fabriquer du bioplastique après l’été.

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier ,Journaliste francophone