Un couple d’Australiens, un médecin et son épouse, a été enlevé vendredi à Djibo, dans le nord du Burkina Faso, où il vivait depuis 40 ans et avait monté une clinique. Les habitants de ville, très attachés à ce couple d’octogénaires, se mobilisent pour aider à leur libération.

Le couple d’Australiens serait actuellement retenu par des jihadistes appartenant à "l’Émirat du Sahara", une branche d’Al-Qaïda au Magreb islamique (Aqmi). L’annonce de l’enlèvement et sa revendication sont intervenues quelques heures après l’attaque sanglante à Ouagadougou contre un hôtel et un restaurant. Une attaque également revendiquée par Aqmi.

Photo du centre médical ouvert par le couple d'Australiens. Photo envoyée par notre Observateur.

Originaires de Perth, en Australie, les deux otages, Jocelyn et Ken Elliott, avaient ouvert un centre médical à Djibo en 1972. Sur Facebook, les habitants de la ville ont lancé une campagne de soutien. Notre Observateur, Amadou Maiga, est le proviseur du Lycée provincial de Djibo. Depuis deux jours, il organise, avec ses élèves, des rassemblements de soutien au couple d’Australiens.

"Parfois, il ne faisait même pas payer la consultation"

Dimanche [17 janvier] les élèves du Lycée provincial de Djibo, ainsi que l’administration et les professeurs, se sont réunis devant le lycée pour protester contre l’enlèvement du docteur Elliott et sa femme. Nous étions près de 600 à participer à ce rassemblement.

Construction d'un mur autour du Lycée Provincial de Djibo, dimanche 17 janvier. Photo publiée par la page Facebook de l'école

À cette occasion, nous avons commencé à construire un mur de protection autour du lycée. Le docteur Elliott était un battant. Quand nous avons appris sa disparition, nous avons eu envie d’unir nos forces pour nous protéger. Ce mur, c’est pour lui montrer que nous sommes forts et que nous ne céderons pas.

Manifestation de soutien au docteur Elliott lundi 18 janvier. Photo envoyée par notre Observateur.

Nous nous sommes à nouveau réunis ce lundi. Cette fois-ci, la mobilisation était beaucoup plus importante : le lycée et toutes les écoles de la ville de Djibo ont marché ensemble. Cette manifestation avait pour but de demander aux autorités du pays de mettre les bouchées doubles pour retrouver le docteur et sa femme.

"C’est le sauveur du Sahel"

Ici, la population a vraiment besoin de lui. Le docteur Elliott, c’est le sauveur du Sahel. Il est arrivé à Djibo en 1972 et à l’époque, il n’y avait aucun chirurgien dans la région. Depuis son arrivée, il n’a jamais exprimé l’envie de partir. Il est devenu plus Burkinabè qu’Australien. C’était quelqu’un de très réservé, qui ne parlait pas beaucoup. Je l’ai rarement vu discuter tranquillement avec quelqu’un, il était tout le temps très occupé. Il s’occupait de toutes les interventions chirurgicales et des complications lors des grossesses.

Manifestation de soutien au docteur Elliott lundi 18 janvier. Photo envoyée par notre Observateur. 

Du coup, tout le monde le connaît. Dans chaque famille, au moins une personne s’est fait soigner par ce docteur et beaucoup d’enfants naissent chez lui. Il y a même des gens qui viennent de Côte d’Ivoire ou du Niger pour se faire soigner dans sa clinique.

À part lui, il n’y a pas vraiment de centre médical fiable dans la région. En plus, les frais de santé sont très élevés dans le pays… C’était beaucoup moins cher d’aller se faire soigner chez le docteur Elliott. Parfois, il ne faisait même pas payer la consultation. Il soignait tout le monde, indépendamment des revenus et de la religion.

"Toute leur vie tournait autour de cette clinique"

Sa femme est également quelqu’un de très appréciée à Djibo. Elle s’occupait des enfants malnutris et des personnes atteintes de maladies mentales. Lorsque leurs enfants ou des amis venaient leur rendre visite pendant les vacances, ils se mettaient également à les aider à la clinique. Toute leur vie tournait autour de cette clinique. Ils menaient également des campagnes de prévention auprès des habitants. Ils montraient notamment les principales règles d’hygiène à avoir pour éviter la prolifération des maladies.

Manifestation de soutien au docteur Elliott lundi 18 janvier. Photo envoyée par notre Observateur.

Je n’ai jamais entendu dire qu’ils étaient menacés. Cet enlèvement a été un choc pour nous tous. Je suis inquiet pour eux parce qu’ils sont très âgés et fragiles. Je me demande aussi ce qu’on va faire sans eux à Djibo. Ils ont employé et formé quelques personnes dans leur clinique, mais personne n’est prêt à prendre leur relève !

Les deux otages pourraient actuellement être transférés vers le Mali par les djihadistes.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet