Pour réduire la pollution liée à l’abandon des filets de pêche sur les plages et dans les océans, l’entreprise Bureo a mis en place un programme de récupération des filets usagés dans plusieurs ports chiliens et leur donnent une seconde vie étonnante.

Environ 640 000 tonnes de filets de pêches sont abandonnés ou jetés dans les mers chaque année, cela représente 10 % des déchets marins, selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Cette pollution dégrade les fonds marins, entraîne des problèmes de  "pêche fantôme"  et peut causer des difficultés de navigation pour les bateaux dans les zones portuaires.

Ce constat a poussé Ben, Kevin et David, trois Américains passionnés de surf, à trouver une solution originale pour collecter et recycler ces filets.

"Nous voulions travailler avec des communautés de pêcheurs au Chili"

David, co-fondateur de l’entreprise Bureo.

Le projet est né après une série de voyages avec deux amis, Ben et Kevin. Nous sommes tous les trois passionnés par les sports marins et, à force d’arpenter les océans à plusieurs endroits du monde, nous avons pris conscience des dégâts causés par la pollution marine, liée notamment aux déchets plastiques.

Les filets sont collectés avec les pêcheurs chiliens. Photo : Bureo.

Nous avons donc voulu monter un projet de recyclage des déchets marins. Nous avons choisi de nous concentrer sur le recyclage des filets de pêche parce que c’est une source de pollution non-négligeable dans les océans. En plus, cela nous permettait de travailler en partenariat avec des communautés de pêcheurs et de les sensibiliser à ce problème.

En 2013, nous nous sommes installés au Chili pour développer ce projet. Nous l’avons appelé Bureo, qui veut dire vague en Mapuche [langue amérindienne parlée au Chili et en Argentine, NDLR]. 

Le skate fabriqué par Bureo. Photo : Bureo.

Deux raisons nous ont poussés à choisir cette destination : d’abord la côte chilienne est très polluée. Ensuite, le gouvernement chilien a été très motivé et a soutenu financièrement notre projet. Une autre partie du financement provient d’une campagne de crowfunding lancée en 2014 qui nous a permis de récolter 64 554 dollars [soit 59 047 euros].

"L’objectif : recycler les filets en un objet marrant et positif"

Étant tous les trois ingénieurs, nous avons trouvé le moyen de recycler ces filets : nous les transformons en pellets de plastique qui permettent de fabriquer un nouvel objet.



Nous voulions recycler les filets en un objet utile, marrant et positif : le skate nous semblait être l’objet idéal ! Depuis quelques mois, nous commençons également à fabriquer des lunettes de soleils en plastique recyclé. Nos produits sont vendus dans plusieurs magasins de skate à travers le monde. On peut aussi les acheter en ligne.

Les lunettes de soleil fabriquées en plastique issu des filets de pêche. Photo : Bureo. 


"Nous avons récupéré 15 tonnes de filets en 2014"

Au début, les pêcheurs chiliens n’ont pas très bien compris ce qu’on faisait là mais une fois qu’ils ont vu le résultat, ils ont été emballés par le projet.

Nous avons mis en place un programme de récupération appelé "Net Positiva" : des points de collecte ont été installés dans 17 ports chiliens. Nous payons à la journée les pêcheurs qui s’occupent de la collecte les filets abandonnés puis nous achetons les filets au kilo. Ce système nous permet aussi de soutenir les communautés de pêcheurs en leur proposant une autre source de revenus.

Des enfants avec des skates Bureo au Chili. Photo : Bureo.

Les filets sont ensuite acheminés dans une usine de transformation basée à Santiago. Pour un skate, nous utilisons 2m2 de filets. Nous avons récupéré 10 tonnes de filets de pêches abandonnés au Chili en 2013 et 15 tonnes en 2014. Selon nos estimations, un skate fabriqué à partir de plastique recyclé c’est 70 % de gaz à effet de serre en moins comparativement à un skate fabriqué à partir de plastique vierge.


Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet