25 otages chrétiens assyriens, en majorité des femmes et des enfants, qui étaient détenus par l’organisation de l'État islamique depuis dix mois, ont été libérés le jour de Noël. Un contact proche des familles nous raconte les détails de leur captivité.

Ces otages avaient été kidnappés avec 220 autres membres de leur communauté en février dernier lors d’une offensive des jihadistes sur les villages assyriens dans la province d’Hassaké, au nord-est de la Syrie. Plusieurs de ces villages ont été repris en mai dernier par les forces kurdes qui se disputent cette région stratégique, car proche des frontières turques et irakiennes.

Arrivée en bus à Tal Tamer des otages libérés. Crédit photo: ACERO

L’archevêque de Hassaké, Ehprem Athnaeil, a joué un rôle majeur dans la libération des otages. Des sources proches des négociateurs on indiqué à France 24 que les Unités de protection du peuple kurde (YPG), principale milice kurde syrienne, ainsi que des tribus sunnites locales proches de l’EI, avaient joué un rôle dans les négociations. Elles ont toutefois refusé de donner plus de détails, pour ne pas mettre en péril les tractations en cours concernant la libération des 140 hommes qui sont toujours aux mains de l’EI. Il est toutefois possible qu’une rançon ait été payée, comme ce fut le cas en mars dernier, lorsque 19 otages assyriens avaient déjà été libérés en échange d’une somme d’argent.

Arrivée des enfants libérés à Tal Tamer. Crédit photo: ACERO

Le 25 décembre, les otages libérés sont arrivés à bord d’un bus qui les a transportés jusqu'à Tal Tamer, un village assyrien, où ils ont été reçus par l'archevêque assyrien Ephrem Athnaeil et leurs familles.

Arrivée des otages à Tal Tamer. Crédit photo: ACERO


Nuri Kino, directeur de l’ONG assyrienne "A Demand for Action ", est en contact avec les familles des otages libérés.

"Ils étaient forcés de lire le Coran"


Certains d’entre eux étaient détenus à Chaddadé, fief de l'EI dans la province de Hassaké. Les autres, qui avaient été envoyés à Raqqa, ont été contraints de marcher de longues heures avant de finir leur trajet en bus. À leur arrivée, les femmes avaient l’air d’avoir vieilli de 10 ans. Elles étaient épuisées. Les enfants semblaient traumatisés. Ils paniquaient au moindre bruit. Leur détention a été très éprouvante. Ils étaient forcés de lire le Coran.

L'archevêque et une otage libérée. Crédit photo: ACERO

À leur retour chez elles, les femmes se sont lavées plusieurs fois, car elles n'avaient pas eu accès à une douche digne de ce nom depuis bien longtemps. Seuls 17 des 45 enfants ont été libérés. Ils ont retrouvé leurs grands-parents, eux aussi libérés quelques mois plus tôt, mais la plupart des pères sont toujours aux mains de l’EI. On sait aussi, par le biais d’une vidéo de l’EI, que trois hommes pris en otage ont déjà été exécutés.

Enfants sur scène avec l'archevêque à Tal Tamer. Crédit photo: Assyriens sans frontières.




Les Assyriens sont des chrétiens nestoriens, un courant du christianisme condamné par le Concile d'Éphèse en 431 en raison de divergences sur la nature du Christ, qui vivent dans 35 villages de la province d’Hassaké. Rescapés du massacre de Simele commis en 1933 par le gouvernement irakien, ils avaient trouvé refuge en Syrie au début du 20ème siècle.