Que faire du typha, un végétal qui envahit un fleuve au point de ruiner l’écosystème et qui met en péril toute activité de pêche ? En Mauritanie et au Sénégal, chacun a trouvé sa riposte :  le typha.


Il y a quelques semaines, les Observateurs de France 24 vous parlaient déjà de ce roseau géant qui pousse sur les bords du fleuve Sénégal entre la Mauritanie et le Sénégal. Le typha a pour particularité de détruire l’écosystème local en absorbant l’oxygène nécessaire à la faune et à la flore pour se développer. La plante entraîne aussi la stagnation de l’eau et donc la prolifération des moustiques et de potentielles maladies. Et surtout, elle est très difficile à éliminer car ses racines sont très profondes.

En Mauritanie, l’ONG française Le Gret a déjà apporté sa réponse en transformant le typha en charbon biologique. Le projet a fait des émules, et d’autres entrepreneurs ont décidé de voir ce végétal comme une solution plutôt qu’un problème.

Collecte de typha sur le fleuve Sénégal par des membres du projet "Papyrus" organisé par la CERADS en novembre.

Des toitures en typha ? Écolo et efficace pour garder la fraicheur

Après plusieurs années passées en France, Oumar Welle est revenu en Mauritanie en 2014 pour tenter de développer des matériaux écolo-responsables. Avec le typha, il a trouvé un produit efficace pour créer des toitures.

J’utilise le typha pour mes faux plafonds et surtout pour améliorer le confort thermique dans un bâtiment, et donc réduire par exemple l’usage des climatisations. En Mauritanie, les toitures et faux plafonds sont généralement en béton ou en tôle, des matériaux conducteurs de chaleur. Avec une charpente en typha, selon nos premières estimations, on peut perdre 5 à 10 degrés [cependant, les tests n’ont pas encore été effectués dans les périodes de fortes chaleur, NDLR] et donc économiser de l'énergie.

Le fait que le roseau repousse sans cesse en fait un matériau abondant et à très faible coût. Je suis persuadé que les possibilités du typha dans le bâtiment sont exponentielles : je suis par exemple en train d’expérimenter le typha comme un isolant associé avec du plâtre.
Le projet de faux plafond en typha d'Oumar Welle équipe déjà le toit d'une ONG de formation de maraîchers en Mauritanie. Photos Habidem.

Du papyrus en typha, une alternative artistique

Au Sénégal, c’est un projet plus artistique qui a vu le jour autour du typha. Le Centre d'Études Recherche Action au Sahel (Cerads) a mis au point en novembre un atelier de collecte et de valorisation du typha en créant… du papyrus ! Patrick Molinier, responsable du projet, explique :

Les habitants de Maka [une ville du nord du pays, NDLR] ont totalement adhéré au projet ! Nous avons le sentiment que l’atelier a changé le regard qu’ils portent sur cette invasion végétale. On nous a dit "enfin un projet qui peut nous permettre un usage nouveau et utile vis-à-vis de cette plante !" Ces papyrus sont destinés à être ensuite peint par des artistes locaux pour être exposés. Nous espérons que le papier d'art deviendra le porte-drapeau de plusieurs filières de valorisation dans une région, celle de Saint-Louis, où la vie artistique est particulièrement dense [la ville accueille notamment des festivals de jazz ou une Biennale d’exposition d’œuvres d’art.
L'atelier, qui a duré deux semaines au campement de Maka Diama au Sénégal, a permis de former plusieurs personnes à la confection de papyrus à partir de typha.

À terme, nous souhaiterions pérenniser un atelier d'art allant de la fabrication jusqu’à l’exposition au village de Maka. Sa visite pourrait être un "plus" touristique pour la région en présentant une nouvelle approche à mi-chemin entre écologie et art !

Le projet de la Cerads a aussi pour effet secondaire de proposer un nouveau type de papier, et donc de lutter contre la déforestation en s’attaquant à une plante nuisible.

Ces projets vous ont plu et vous souhaitez les aider ? N’hésitez pas à contacter Oumar Welle de Habidem à habidemauritanie@gmail.com ou Patrick Moulinier pour le projet du papyrus de typha à pjmoulinier@orange.fr ou contactez nous à observateurs@france24.com !

Cet article a été rédigé de le cadre de notre série "Les Observateurs du climat". Pour voir tous les autres projets,
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Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone