Ces dernières semaines, le Mali est devenu une terre de transit pour des centaines de migrants fuyant la Syrie. Depuis ce pays, ils tentent désespérément de rallier l’Europe. Témoignage.

Ces dernières semaines, plusieurs dizaines de familles syriennes sont arrivées depuis Ber à In Khalil, localité du nord du Mali contrôlée par le mouvement touareg indépendantiste de l’Azawad. Ces familles sont arrivées par avion à Nouakchott, en Mauritanie – qui ne demande pas de visa aux Syriens – puis ont rejoint cette région par la route, dans l’espoir de pouvoir rallier l’Algérie, puis l’Europe.

D’autres familles syriennes ont préféré rejoindre la capitale Bamako. Certaines sont actuellement hébergées au stade du 26-Mars, tandis que d’autres ont été accueillies par des particuliers en ville.



"Je ne veux pas risquer la vie de mes enfants en mer"

Abou Ahmed, 47 ans, est originaire de Kobané, dans le nord de la Syrie.

Je suis arrivé à Bamako avec ma femme et mes cinq enfants il y a une semaine. Le voyage a été pénible et a duré plus d’une semaine. Je me suis d’abord rendu à Istanbul par la route, puis j’ai pris un avion pour Bamako en transitant par Tunis.

Beaucoup de Syriens décident de rallier directement l’Europe par la mer à partir de la Turquie. Mais moi, j’ai décidé de prendre l’avion et faire ce détour parce que je ne veux pas risquer la vie de mes enfants en mer.

"Ma famille est accueillie dans de bonnes conditions"

Et j’ai choisi comme destination le Mali parce que, contrairement à la Tunisie, l’Algérie et le Maroc, ce pays ne demande pas de visa aux Syriens.

Je suis pour l’instant hébergé par un ami syrien qui travaille dans l’agriculture dans la banlieue de Bamako. Je suis dans le quartier de la Faladié Sema, dans un quatre pièces.

Ma famille est donc accueillie dans de bonnes conditions. Grâce à la générosité de mon ami, nous pouvons manger à notre faim. Pour autant, je n’ai pas essayé d’inscrire mes enfants à l’école car je vais tenter de rejoindre l’Europe bientôt. Ici, les gens sont accueillants mais il y a beaucoup de pauvreté et des maladies, comme la malaria, la typhoïde.

Il existe un circuit d’immigration clandestin vers l’Algérie depuis Bamako. Moyennant 500 dollars par personne environ, vous pouvez embarquer sur un véhicule de passeur qui vous emmène jusqu’à Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie. Dans cette ville, il y a des associations qui viennent en aide aux réfugiés. Et puis, en général, les autorités algériennes n’embêtent pas les Syriens, même si elles savent qu’ils ont passé la frontière illégalement. Ensuite à Tamanrasset, il y a des passeurs qui vous emmènent jusqu’à Tlemcen, une ville du nord du pays à la frontière avec le Maroc. Une fois au Maroc, je tenterai enfin de rejoindre l’Espagne par Ceuta ou Melilla. Je veux partir en Europe, car je veux le meilleur pour mes enfants.

Article écrit en collaboration avec

Djamel Belayachi , Journaliste