Permettre aux enfants d’avoir de la lumière pour étudier le soir, accroître la sécurité tout en réduisant sa facture d’électricité, et à terme augmenter son confort matériel : en faisant installer des panneaux solaires chez elle et ses voisins, Marjina Bagum, une mère de famille bangladaise, a trouvé une solution à bien des problèmes que connaît son village de Kulia, au sud du Bangladesh.

Le Bangladesh est l’un des pays les plus concernés par le changement climatique. Il subit notamment des inondations de plus en plus importantes, en lien direct avec la montée des eaux. Des milliers de Bangladais sont déjà des réfugiés climatiques. S’ils ne peuvent pas beaucoup, à leur niveau, contre ce phénomène qui découle de la fonte des glaces aux pôles, ils sont de plus en plus nombreux à avoir pris conscience de l’urgence d’agir contre le changement climatique. Et à se faire équiper : le gouvernement bangladais s’est fixé comme objectif de fournir tous les foyers du pays en électricité d’ici 2021, et s’appuie pour cela sur l’aide de la Banque mondiale, d’un réseau d’ONG et d’entreprises locales ou étrangères. La mission est de taille : le pays compte 156,6 millions d’habitants, dont 45 % n’ont pas accès à l’électricité. Environ 15 millions de Bangladais sont aujourd'hui fournis en énergie solaire.

Mais certains n’ont pas attendu de se faire aider et sont allés chercher eux-mêmes de quoi équiper leur maison en énergie renouvelable et économe. C’est le cas de Marjina, qui raconte avec enthousiasme comment sa découverte a amélioré son quotidien.



"Mes enfants peuvent maintenant étudier le soir puisqu’on a de la lumière"

Je suis allée un jour rendre visite à mon gendre, qui vit dans un autre village, et j’ai vu dans sa maison qu’il avait installé un panneau solaire. J’ai vite été convaincue de l’utilité d’en mettre un chez moi. J’ai contacté l’ONG Adams qui est venue me l’installer et m’apprendre à m’en servir. Il me coûte cher : j’ai déboursé 4000 takas (environ 48 euros) pour son installation et je dois payer 630 takas (environ 7,50 euros) par mois pendant trois ans pour le rembourser. Il produit 40 watts d’énergie. Ce n’est pas assez pour fournir toute l’électricité que je voudrais pour ma maison, mais malgré cela, je bénéficie de plus de courant qu’avant et à terme je ferai de sacrées économies.

J’ai cinq enfants, dont quatre filles. Désormais, ils peuvent tous étudier le soir puisqu’on a de la lumière. Et leurs résultats à l’école sont meilleurs ! Avant, ils se battaient pour utiliser la seule lumière qu’on avait le soir. Maintenant on peut éclairer la maison jusqu’à minuit, je me sens plus en sécurité et c’est important pour les filles. Ca permet également de recharger les téléphones portables. Et tout ça en allant dans le bon sens pour la planète.

On dit de moi que je suis pionnière dans mon village. J’ai effectivement amené pour la première fois un panneau solaire ici et personne ne savait ce que c’était, le village étant assez isolé et petit. J’ai donc expliqué à tous ceux qui le souhaitaient les avantages, démonstration à l’appui, que cela avait. Et j’en ai convaincus pas mal : dans le village, plusieurs maisons s’en sont équipées, et même une épicerie.

Un des voisins de Markina, devant sa maison et le panneau solaire qu'il y a installé, sur les conseils de Marjina. Photo : Sharmishtha Roy.

Le panneau solaire, c’est aussi un moyen de faire face aux incertitudes du réseau électrique, car à Kulia, les coupures sont fréquentes. Pour autant, je n’ai pas résilié ma ligne, mon panneau de 40 watts n’est pas suffisant pour tout alimenter chez moi, surtout que cela dépend de l’ensoleillement du village. Mais ma facture d’électricité a baissé. Et j’espère la réduire encore en investissant dès que ça sera possible dans un deuxième panneau.

Installation d'un panneau solaire à Kulia. Photo : Sharmishtha Roy.

L’ONG Adams n’est pas la seule à aider au développement de l’énergie solaire au Bangladesh. Une autre ONG, Grameen Shakti, est spécialisée dans ce domaine a assuré avoir déjà équipé plus d’1,5 million de foyers en zone rurale.

Cette initiative a été relevée par notre équipe dans le cadre du projet des "Observateurs du climat" de France 24. Si vous aussi, vous connaissez une initiative permettant de lutter contre le réchauffement climatique près de chez vous, n’hésitez pas à nous contacter en envoyant un mail à obsduclimat@france24.com !





Article écrit en collaboration avec
Corentin Bainier

Corentin Bainier , Journalist