La manipulation des images autour de l’afflux de migrants continue. Dernière intox en date : la diffusion d’une vidéo censée montrer de violents affrontements entre la police et des "demandeurs d’asile" le 19 septembre à Erfurt, ville du centre de l’Allemagne. Il s’agit en réalité d’images tournées en 2011 à Dortmund, montrant les débordements d’une manifestation d’un groupe néonazi.

Filmée en plongée par une habitante de Dortmund, ville de l’ouest de l’Allemagne située à 350 km d’Erfurt, la vidéo montre plusieurs dizaines d’hommes, vêtus de noir, défilant hâtivement et courant dans une rue. Ils s’en prennent à un véhicule de police. Ils le frappent avec des barres de fer, le cabossant et brisant les vitres. La camionnette démarre finalement en trombe, pendant que d’autres manifestants continuent de défiler, souvent en courant, témoignant d’une vive tension.



La vidéo a été publiée sur plusieurs chaines YouTube. Elle a notamment été vue près de 40 000 fois sur "TheGrafDukula", qui titre : "Des demandeurs d’asile pètent les plombs et attaquent".  Dans le descriptif, il est écrit : "Pauvre Allemagne, la police fuit ! Ça a commencé !", une référence à la soi-disant invasion des migrants, thème très présent dans le lexique d’extrême-droite.

Mais très vite, plusieurs médias allemands ont démontré l’intox. À commencer par le journal local basé à Erfurt, la "Thüringer Allgemeine", qui a montré que la vidéo a en réalité été tournée le 3 septembre 2011 à Dortmund, lors d’une manifestation d’un groupe néonazi autonome. La publication sur cette chaine YouTube en atteste.

Pour appuyer la démonstration, le journal souligne par ailleurs que les voitures de police à Erfurt sont aujourd'hui peintes en bleu, et n’arborent plus le vert laqué du véhicule apparaissant sur la vidéo depuis plusieurs années. Par ailleurs, la seule langue audible dans cette vidéo est l’allemand, ce qui serait peu probable dans le cas d’une manifestation de migrants.

L’afflux de réfugiés et de migrants en Europe donne lieu à de nombreuses manipulations en ligne, notamment de la part de l’extrême droite, qui utilise très fréquemment des images datées et sorties d’un tout autre contexte pour tenter d’appuyer ses arguments contre l’accueil des migrants. Nous en avions déjà recensé huit exemples ici.