Dans la commune populaire d'Abobo à Abidjan, des informaticiens ivoiriens ont lancé le "Baby Lab", un laboratoire axé sur le numérique, il y a un an environ. Un espace ouvert à tous, visant à favoriser le partage et la transmission des savoirs dans une zone où l’accès au numérique demeure limité.


Le "Baby Lab" a été créé par sept amis informaticiens en juillet 2014. Dans le jargon ivoirien, "Baby" est le surnom de la ville d’Abidjan, d’où le nom de ce laboratoire. Son objectif ? Promouvoir la fabrication numérique et l'utilisation de logiciels libres.

Il s’agit précisément d’un "Fab Lab" ("fabrication laboratory" en anglais), c’est-à-dire un lieu ouvert au public, où des outils sont mis à sa disposition pour faciliter la mise en œuvre de projets collectifs, axés sur le numérique. Le "Baby Lab" est le premier "Fab Lab" ivoirien appartenant au réseau de la fondation Fab du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Bricolage au "Baby Lab" d'Abidjan. Photo publiée sur la page Facebook du "Baby Lab".

"On travaille de manière collaborative, pour partager nos connaissances"

Guiako Obin est l’un des fondateurs du "Baby Lab". Informaticien, il travaille dans le secteur de la géolocalisation depuis quatre ans.

Avec des amis, on a découvert le concept des "Fab Labs" grâce aux MOOC sur la fabrication numérique proposés par l'Institut Mines-Télécom et l'Ecole Centrale de Lille, en France. [Les MOOC – "Massive Open Online Course" en anglais – sont des cours en ligne ouverts à tous, NDLR.] On a donc souhaité en lancer un en Côte d'Ivoire, à Abobo, qui est l'une des communes les plus défavorisées d'Abidjan, pour tenter de résoudre les problèmes qui minent notre société à travers le numérique.

Notre laboratoire fonctionne essentiellement durant le week-end et uniquement avec des bénévoles, parmi lesquels on compte une vingtaine d’adultes – des informaticiens pour la plupart, mais également des personnes exerçant d’autres professions – et une dizaine de jeunes. On travaille de manière collaborative : l’objectif est de partager les connaissances, pour faciliter l’accès au numérique à Abobo. Il faut dire que moins de 10 % de la population a accès à Internet en Côte d'Ivoire...

Le "Baby Lab" entend favoriser le partage des connaissances autour du numérique. Photo publiée sur la page Facebook du "Baby Lab".

"On recycle du matériel informatique pour créer de nouveaux ordinateurs"

Le "Baby Lab" cherche à promouvoir la fabrication numérique libre. Par exemple, on recycle du matériel informatique pour créer de nouveaux ordinateurs. Grâce au bouche-à-oreille, des particuliers nous donnent des cartes mères, des disques durs, des boitiers d’alimentation ou encore des barrettes de mémoire vive (RAM) qu'ils n'utilisent plus. Une entreprise travaillant dans ce secteur nous donne également du matériel quand elle renouvelle le sien.

Du matériel informatique recyclé au "Baby Lab". Photo publiée sur la page Facebook du laboratoire.

Ensuite, on monte ces différentes pièces à l’intérieur de bidons de 20 litres, et on obtient alors de nouveaux ordinateurs. Depuis l’an dernier, on en a fabriqué une quinzaine, et on les a donnés à des personnes qui en avaient besoin. Et on répare également les ordinateurs des particuliers.

Un ordinateur monté à l'intérieur d'un bidon en plastique. Photo publiée sur la page Facebook du "Kid Lab".


Photo publiée sur la page Facebook du "Baby Lab".
 
 
"Les logiciels libres sont gratuits, ce qui facilite leur utilisation par le plus grand nombre"

Par ailleurs, on milite en faveur des logiciels libres. On organise d'ailleurs des rencontres mensuelles sur le sujet. Ce sont des logiciels qui ne sont pas sous licence, donc ils sont gratuits, ce qui facilite leur utilisation par le plus grand nombre. Dans le cadre du "Baby Lab", on utilise surtout OpenStreetMap, un logiciel de cartographie créé en 2004, et Blender, qui permet de faire de la modélisation en 3D.

Une maquette réalisée à partir de plans conçus avec un logiciel libre. Photo publiée sur la page Facebook du "Baby Lab".

L'autre avantage de ces logiciels libres, c'est qu'on peut les modifier, même s'il faut bien-sûr des compétences en programmation pour cela. Par exemple, on peut rentrer dans la base de données d'OpenStreetMap, contrairement à celle de Google Map, en référençant des lieux qui ne sont pas encore indiqués sur cette carte. Concrètement, on collecte des données sur le terrain en amont, à l'aide de GPS, puis on les ajoute dans OpenStreetMap.

On cherche surtout à référencer les zones insalubres ou émettant des gaz à effet de serre, pour attirer l’attention des autorités sur ces endroits. Sur la carte, on poste alors des photos de ces endroits et leurs adresses. On s'intéresse tout particulièrement aux zones où sont produits des déchets plastiques pour les récolter, car on aimerait ensuite les recycler pour fabriquer une imprimante 3D.

Cours de programmation pour les enfants

Enfin, on a lancé un programme spécialement destiné aux jeunes de 8 à 15 ans au sein du "Baby Lab", appelé le "Kid Lab", en septembre 2014, qui cible notamment les enfants des centres sociaux. Dans le cadre de ce programme, on fait du bricolage électronique et on donne des cours aux jeunes. Il peut s’agir de simples cours d’initiation à l’informatique, car beaucoup d'entre eux n’ont jamais utilisé d’ordinateurs ou de tablettes, mais aussi de cours de programmation, pour les plus aguerris.

Ordinateurs et tablettes sont à la disposition des enfants dans le cadre du "Kid Lab". Photo publiée sur la page Facebook du "Kid Lab".

Le "Kid Lab" attire des dizaines de jeunes d’Abobo tous les week-ends, mais ce ne sont que des garçons. Au début, quelques filles ont participé, mais leurs parents les ont ensuite empêchées de revenir, car ils estiment que leur place est à la maison et non pas dans un laboratoire numérique…



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone