Faire du charbon bio avec des épluchures de bananes ou des restes de céréales, c’est le pari qu’ont lancé des étudiants de l’université de Douala. En plus du faible impact environnemental du produit, l’initiative permet de recycler les déchets ménagers qui inondent les rues de la ville.

Douala, dans l’ouest du Cameroun, est une ville où la gestion des ordures ménagères est particulièrement compliquée. Construite sur des collines, certains de ses quartiers sont difficiles d’accès pour les équipes d’entretien et leurs bennes à ordures. Il n’est pas donc rare d’y croiser des piles de bananes, de légumes ou autres déchets en attente d’être ramassés.

Comment réutiliser ces déchets tout en protégeant l’environnement ? Des étudiants de l’université de Douala ont apporté leur réponse en créant un nouveau type de charbon 100 % écologique.


Des tonnes de déchets végétaux sont entreposés dans des rues de Douala où les services de voirie ont du mal à accéder. Photo Kemit-Ecology.

"Quand on est arrivé avec ce charbon en leur disant, 'ce sont vos ordures', les habitants de Douala n’en revenaient pas !"

Muller Tenkeu Nandou est un des étudiants à l’origine de ce projet baptisé Kemit-Ecology.

Nous avons fait des études sur la région de Douala, et le constat est sans appel : 79 % des personnes utilisent du bois ou du charbon de bois comme source d’énergie domestique. Le problème, c’est que ce sont deux sources qui participent à la déforestation de notre région : les bois des mangroves sont tellement recherchés qu’ils s’amenuisent. Ils sont soit découpés, soit brûlés directement dans la forêt pour faire du charbon de bois.

D’un autre côté, il y avait aussi ces tas de compost géants qui pullulent à Douala. On s’est demandé si on pouvait faire d’une pierre deux coups en créant une nouvelle source d’énergie avec ces déchets. Nous avons retroussé nos manches, nous avons fait le tour des marchés et des particuliers avec des tricycles et nos brouettes pour ramasser tout ce qui traînait, des épluchures de bananes, des restes de manioc, ou des rebus de café avec l’idée d’en faire un nouveau type de charbon écologique.

Les déchets sont d'abord séchés pour retirer le maximum d'eau. Photo Josiane Kougheu pour "More food in Africa".

Le processus prend une journée entière. Il faut d’abord sécher les déchets au soleil pour qu’ils perdent le maximum d’eau. Puis, on doit verser le contenu dans des fours pour la carbonisation, et enfin conditionner la poudre obtenue pour avoir un ensemble homogène.

Au départ, les gens chez qui ont récupérait les ordures ne comprenaient pas bien ce qu’on allait pouvoir en faire. Mais lorsqu’on est revenu avec le charbon en leur disant, "ce sont vos ordures" ils n’en revenaient pas !

Les déchets sont ensuite réduits à l'état de cendres dans des fours qui ne dégagent pas de fumée. Photo Josiane Kougheu pour "More Food in Africa".


"Le marché va se développer avec l’éveil des consciences écologiques en Afrique"

Ce charbon biologique a deux gros avantages : il ne dégage pas de fumée noire, et donc évite d’endommager le dessous des marmites, qui ont donc une durée de vie plus importante. Et puis surtout, il dégage deux fois moins de dioxyde de carbone qu’un charbon classique, limitant l’impact sur la santé et l’environnement. Enfin, cerise sur le gâteau : il est moins cher pour le consommateur car un kilo ne coûte que 500 francs CFA (0,08 centimes d’euros) contre environ 1000 (0,16 centimes d’euros) pour du charbon de bois [le revenu moyen mensuel d’un habitant de Douala se situe environ à 50 000 francs CFA soit 76 euros NDLR].

On a commencé à fabriquer une tonne et demie par semaine en 2014. Un an après, nous recyclons 20 tonnes de déchets par semaine. Pour l’instant, il nous est difficile d’en vivre, et nous sommes toujours dans une période d’investissement et de sensibilisation. Mais nous ne sommes pas inquiets, car nous sommes persuadés que le marché va se développer avec l’éveil des consciences en Afrique. D’ici l’horizon 2020, notre objectif est de produire 100 tonnes par semaine.


Le charbon est enfin conditionné pour donner des briques homogènes. Photo Kemit-Ecology.

"Ces jeunes sont des pionniers dans ce domaine au Cameroun"

L’initiative n’est, pour l’heure, pas encore viable, même si Muller Tenkeu Nandou avoue avoir d’importantes commandes "au dessus de ses moyens de production ", venant notamment du Liban et d’Italie. Selon Josiane Kougheu, journaliste et blogueuse camerounaise qui a repéré l’initiative près de chez elle, Kemit-Ecology a l’avantage de faire réfléchir sur les modes de vie.

Les habitants de Douala constatent de plus en plus les effets du réchauffement climatique sur l’activité des pêcheurs ou sur l’état des récoltes. Ils se sentent concernés et beaucoup veulent faire un petit geste pour l’environnement. Ces jeunes sont pour l’instant les seuls à faire ce charbon au Cameroun selon les associations écologistes à qui j’ai parlé. C’est un secteur où il est difficile de gagner de l’argent à court terme. Je les trouve très courageux et visionnaires !

Vous voulez contacter Kemit-Ecology ? Envoyez leur un mail à kemit.ecology@yahoo.com .

Cette initiative a été relevée par notre équipe dans le cadre du projet des "Observateurs du climat" de France 24. Si vous aussi, vous connaissez une initiative permettant de lutter contre le réchauffement climatique près de chez vous, n’hésitez pas à nous contacter à obsduclimat@france24.com !



Ce billet a été initialement publié par Josiane Kouagheu, pour son blog "More Food in Africa" , rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à France 24.