La police religieuse a l’habitude de faire régner sa loi dans les centres commerciaux en Arabie saoudite, n’hésitant pas à réprimander et chasser les femmes dont la tenue est jugée non conforme aux bonnes mœurs. Mais lundi dernier, des agents se sont retrouvés face à une cliente particulièrement coriace.

La scène se passe au centre commercial Nakheek Mall à Riyad. Une femme est en train de faire ses courses en compagnie de son mari quand elle est accostée par des membres de la muttawa (terme désignant la police religieuse) qui lui demandent de partir parce qu’ils estiment que sa tenue est "provocante".

Loin de se laisser faire, la cliente sort son téléphone portable et commence à filmer les agents. La jeune femme n’apparaît sur aucune des vidéos qu’elle a publiées. Mais en Arabie saoudite, les femmes n’ont pas le droit de sortir dans la rue autrement que vêtues d’un niqab qui leur couvre tout le corps et l’ensemble du visage, ne laissant apparaître que les yeux. Elles sont également tenues de porter des gants.

La cliente commence à filmer sa traque qui durera plusieurs heures dans les allées du centre commercial. Elle en fait le récit dans une série de vidéos courtes postées sur son compte Twitter.

"Pourquoi vous la laissez filmer ?"

Dans cette première vidéo, un groupe de six agents se dirige vers la jeune femme dans une allée du centre commercial. "Comme vous pouvez le voir, ils ne veulent pas nous laisser tranquilles avec mon mari", commente-t-elle.


La deuxième scène a lieu dans une bijouterie. On voit un agent prendre à part le vendeur pour lui demander de ne pas servir la cliente. Un deuxième agent de la police religieuse fait irruption dans la boutique et interpelle à son tour le vendeur : "Pourquoi vous la laissez filmer ?". La jeune femme réplique alors : "En quoi ça te regarde ? C’est juste un vendeur !". Elle assurera plus tard dans un tweet avoir demandé de l’aide à une patrouille de police qui se trouvait dans le centre commercial, mais que celle-ci a refusé d’intervenir.


Pour autant, la jeune femme ne s’avoue pas vaincue. Dans cette vidéo, elle s’approche des deux agents de la muttawa et du vendeur à qui elle demande : "Pouvez-vous au moins me montrer ce produit ?". Gêné, celui-ci répond : "Je voudrais bien, mais ils [la muttawa] me l’interdisent". 


La cliente revient encore à la charge. Elle interpelle cette fois un agent de la muttawa muni d’un talkie- walkie et lui demande des explications. S’ensuit une discussion houleuse.

- L’agent : "Tu portes du maquillage… [ il fait en fait référence au mascara qu’arbore la jeune femme, car le niqab ne laisse apparaitre que les yeux]".
- La cliente : " Et alors ! En quoi ça te regarde ? Il n’y a aucune loi qui interdit ça".
- L’agent : "Si, la loi de la religion".



Les deux agents de la muttawa suivent ensuite la jeune femme dans une boutique de vêtements où l’altercation reprend de plus belle.

"Dis-moi comment tu t’appelles si tu es un homme !"

La cliente exige des deux agents qu’ils donnent leurs noms. Mais ceux-ci refusent. "D’ailleurs ils portent leurs badges à l’envers, indique-t-elle. De vrais lâches !"

Photo de l’agent de la police religieuse portant son badge à l’envers, postée sur le compte Twitter de la victime.


Sur ces images, elle lance un ultime défi à l’agent de la muttawa. "Je m’appelle Fatma Ibrahim Hussein. Dis-moi comment tu t’appelles si tu es un homme !". Mais l’agent ne bronche pas.


La victime indique qu’elle n’en restera pas là, et qu’elle va porter plainte contre la Commission pour la Promotion de la Vertu et la Prévention du Vice [nom officiel de la police religieuse]. Elle assure, en outre, avoir envoyé une lettre de protestation auprès du ministère du Commerce, car le refus de vente aux clients est considéré comme un délit en Arabie saoudite.

En Arabie saoudite, il n’est pas rare que la police religieuse agisse par excès de zèle. En mai dernier, un agent de la muttawa avait chassé une femme d’un centre commercial dans la ville de Haïl, au seul motif qu’elle ne portait pas de gants.

Malgré les multiples discriminations dont elles sont toujours victimes, les Saoudiennes viennent d’obtenir une petite victoire. Le gouvernement a annoncé, fin mai, que pour la première fois dans l’histoire du royaume, les femmes pourraient voter et même être candidates aux prochaines élections municipales prévues le 12 décembre 2015.