"Rambo" (au centre), combattant iconique de la brigade de l'Imam Ali.

Exécutions sommaires, tortures, pillages : la brigade chiite de l’imam Ali est accusée de multiples crimes de guerre dans son combat contre l’organisation de l'État islamique en Irak. Cette milice ne cesse d’accroitre sa notoriété, grâce à une communication efficace.

Après l’appel à la mobilisation contre les combattants de l’EI lancé par le leader chiite l’ayatollah Sistani en juin 2014, une multitude de nouvelles milices chiites ont vu le jour en Irak. Ces formations ont rejoint les quatre grandes milices chiites existantes : la Brigade Al-Badr, créée en Iran en 1982 ; "Saraya al-Salam " (les Brigades de la paix) dirigée par le chef religieux radical Moqtada al-Sadr ; "Asaïb Ahl al-Haq" (la Ligue des Vertueux) ; et enfin les Brigades du Hezbollah irakien.

Parmi ces nouvelles formations, celle des Brigades de l’Imam Ali s’est illustrée par ses pratiques ultraviolentes. Cette milice, dont les combattants ont été formés en Iran et au Liban, est particulièrement critiquée depuis la diffusion, il y a quelques jours, d’une vidéo sur YouTube montrant des combattants arborant son insigne en train de brûler un homme.

Sur la vidéo, dont nous publions uniquement des captures d’écran, ces hommes en treillis posent devant un homme, dont on ne sait pas s’il est encore vivant, suspendu au dessus d’un feu, mains et pieds ligotés. Les combattants plaisantent entre eux, puis [à 0’45’’] l’un d’eux lance : "C’est un combattant de Daech, on va le réduire en poussière". Le texte de description de la vidéo, postée le 31 mai, indique, sans que cela puisse être vérifié, que ce crime a eu lieu dans la région de Karma, province d’Al-Anbar.

ِLes miliciens ont suspendu un homme au dessus d’un feu, mains et pieds ligotés.


Ce combattant qui apparaît dans la vidéo, arbore l'écussion des brigades de l'Imam Ali.


Dans un communiqué laconique, le "Mouvement islamique d’Irak", bras politique des Brigades de l’Imam Ali, a démenti être impliqué dans cet acte barbare, ajoutant que "les Brigades de l’Imam Ali ne sont plus déployées dans la région citée dans la vidéo". Pourtant, plusieurs médias avaient évoqué le 25 mai l'arrivée de cette milice à Al-Anbar pour participer aux combats contre l'EI.

Contacté par France 24, un porte-parole des Brigades de l’Imam Ali a affirmé qu’il était possible que cette vidéo ait été tournée par des combattants de l’EI dans le but de salir la réputation de sa milice.

En fait, cette milice s’est  déjà vantée de crimes similaires dans d’autres vidéos, par exemple d’avoir décapité des jihadistes. En juillet 2014, ses membres se sont filmés, dans la région d’Amerli, exhibant des têtes de combattants de l’EI. Face caméra, l’un d’eux scandait : " Nous venons vous chercher ! Nous vous couperons la tête et ferons des montagnes de vos crânes". Selon Phillip Smyth, chercheur spécialisé dans les milices chiites, l’homme qui prend ainsi la parole n’est autre que le secrétaire général de la brigade, Shebl al-Zaidi. Ce dernier est un ancien chef militaire au sein de l’armée de Mahdi de Moqtada Sadr.

Vidéo montrant des brigades de l’Imam Ali exhibant des têtes coupées.

En quelques mois seulement, cette milice est devenue l’une des plus connues en Irak. Dans un article publié sur le site de l’Institut de Washington, Phillip Smyth explique son ascension fulgurante par le fait qu’elle soit officieusement dirigée par Abou Mahdi al-Mouhandis, un leader religieux radical très influent en Irak qui a été récemment nommé chef opérationnel de la "Mobilisation populaire", l’organisation parapluie qui chapeaute la cinquantaine de milices actives en Irak. À ce sujet, le chercheur écrit :

Apparu sur plusieurs photos arborant l’insigne de cette milice et embrassant Shebl al-Zaidi, al-Mouhandis est un commandant qui possède une expérience considérable dans la création de nouvelles milices extrémistes et qui dans le passé a organisé plusieurs attaques contre des Américains et des intérêts américains.

Abou Mahdi al-Mouhandis est notamment accusé d’avoir planifié des attentats contre les ambassades américaine et britannique au Koweït dans les années 1980. Il est aujourd’hui recherché par la police américaine et Interpol.

"Abou Azrael", la coqueluche des médias

Si la milice des Brigades de l’Imam Ali entretient des liens très étroits avec les plus hautes autorités chiites d’Irak, elle doit également sa notoriété à sa manière habile de communiquer. Depuis quelques mois, un des combattants de cette milice, un bodybuilder surnommé Abou Azraïl (littéralement "le père d’Azraël", ange de la mort) fait le buzz sur les réseaux sociaux. Les images de ce combattant aux allures de Rambo sont régulièrement postées sur YouTube, Twitter et Facebook.

Il est devenu une véritable icône du combat contre l’EI. Son visage est même imprimé aujourd’hui sur des T-Shirt et il apparaît dans un dessin animé qui raconte ses "aventures".

Photo de Shebl al-Zaidi , secrétaire général des Brigades de l’Imam Ali (1er à partir de la droite), en compagnie d’Abou Azraël. Photo postée sur Facebook.


Julien Fouchet, journaliste à France 24, s’est récemment rendu en Irak pour réaliser un reportage sur ce personnage. Il précise :

J’ai remarqué qu’à Bagdad, les combattants de cette milice sont très craints. Ils ont une réputation de durs à cuire. Dans les combats, ils sont toujours envoyés en première ligne. Devant l’armée régulière. Ils seraient entre 4 000 et 7 000 combattants.

Les Brigades de l’Imam Ali ne sont pas les seules à avoir commis des atrocités. Amnesty International indique dans un rapport publié en octobre 2014 que les milices de Asaib Ahl al Haq, les Brigades Badr, l'armée du Mehdi et Kataib Hezbollah sont également accusées d'avoir commis des enlèvements et de multiples actes de barbarie. "En s'abstenant d'obliger les milices à rendre des comptes pour leurs crimes de guerre et leurs violations des droits humains, les autorités irakiennes leur ont donné carte blanche", dénonce le document.