À Sanaa, des habitants, devenus sans-abri après les bombardements, ont trouvé refuge dans une canalisation. Toutes les photos ont été prises par notre Observateur.

Les frappes de la coalition arabe sont censées viser les rebelles houthis, mais elles touchent inévitablement les civils. En l’absence d’abris anti-bombe au Yémen, les habitants tentent de se protéger comme ils le peuvent.

Après cinq jours de trêve pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire, la coalition menée par l’Arabie saoudite a repris dimanche ses bombardements. Ce soir là, c’est d’abord la ville d’Aden qui a subi les frappes de la coalition qui ont, notamment, visé des positions rebelles dans l’enceinte du palais présidentiel et une base des forces spéciales. Peu après, la capitale Sanaa était également la cible de bombardements.

Les civils payent déjà un lourd tribu au conflit : selon l’ONU, entre le 26 mars et le 3 mai 2015, 646 civils, dont 50 femmes et 131 enfants, ont trouvé la mort, et 1 364 autres civils ont été blessés dans les combats. Des immeubles détruits ou effondrés par une bombe ou son souffle : le risque est permanent et oblige chacun à se protéger à sa manière, raconte notre Observateur.

"J’ai la chance d’avoir une cave où me réfugier, mais à tout moment, mon immeuble peut s’effondrer"

Hisham al-Omeysi est un de nos Observateurs à Sanaa.

Le son des avions et les explosions sont nos seuls avertissements : au Yémen, il n’y a pas de sirène pour prévenir de l’imminence d’une attaque. On apprend donc en quelque sorte le bombardement en temps réel et il faut faire vite pour filer se mettre à l’abri.

Pour ma part, j’ai la chance d’habiter avec ma femme, mon frère et mes deux enfants dans une maison de deux étages avec une cave, où nous descendons immédiatement dès que commencent les bombardements. Il est essentiel que nous nous protégions : un jour des bombes sont tombées si près de chez moi que mes fenêtres ont volé en éclats. Au Yémen, les gens qui ont des caves s’en servent souvent comme lieu de réception, pour les mariages ou les fêtes, ou alors y logent leurs domestiques, et les aménagent donc en conséquence. Moi j’avais installé un diwan dans ma cave [le salon yéménite traditionnel avec tapis et coussins à même le sol].



Photos de la cave aménagée par notre Observateur.

Au début des bombardements, nous avions l’électricité dans la cave. Ce n’est plus le cas. Nous ne pouvons donc pas faire à manger, et de toute façon, le blocus saoudien nous empêche de nous approvisionner. Par ailleurs, dans la cave, il n’y pas de réseau, aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur. Une fois nous y sommes restés sept heures d’affilée, c’était long et angoissant. Mais en général, on attend une demi-heure après la dernière explosion pour ressortir.

Immeuble effondré après une explosion.

"On aimerait s’habituer aux bombardements mais la peur est la même à chaque explosion"

Nous sommes chanceux. La plupart des Yéménites n’ont pas de cave où se réfugier. Ils s’abritent dans leur cuisine ou leur salle de bain : comme ce sont des pièces d’eau, elles sont entourées par un mur de béton plus épais que les autres pièces de la maison. Mais si une bombe touche l’immeuble, à quoi bon…

Ceux qui sont justement sans abri sont évidemment dans la situation la plus difficile. lls se réfugient alors dans des grottes, dans des canalisations en béton, dans les rues ou dans les égouts. J’ai même vu des enfants s’abriter contre un mur d'immeuble faute de mieux…

Famille contrainte de vivre et de s'abriter près d'une canalisation.

Des enfants s'abritent contre un mur, faute de mieux.

Je n’aurais jamais pensé que ma cave me servirait d’abri anti-bombes. On aimerait s’habituer aux bombardements, que la démarche pour s’en protéger devienne une routine, mais depuis deux mois, la peur qui me prend à chaque explosion est toujours la même.

Bien que des affrontements sporadiques ont eu lieu au sol entre les rebelles houthis et les troupes yéménites gouvernementales de mardi à dimanche, la trêve a permis de ravitailler quelque peu les Yéménites qui manquent toutefois toujours de nourriture, d’eau , d’essence, d’électricité et de médicaments. L’émissaire spécial de l’ONU avait appelé dimanche dans la journée à prolonger la trêve de cinq jours supplémentaires, sans succès.


Article écrit en collaboration avec Corentin Bainier (@cbainier), journaliste à France 24.