L’organisation de l'État islamique contrôle d’une main de fer la ville syrienne de Raqqa depuis maintenant plus de deux ans, imposant aux habitants les règles d’un islam ultra-radical. Bravant la mort, des activistes ont collé devant plusieurs magasins des affichettes dénonçant les jihadistes...

Ces activistes appartiennent au réseau "Raqqa est massacrée en silence", composé d’une quinzaine activistes répartis dans la ville de Raqqa et ses alentours. Avant que la ville ne tombe aux mains de l’organisation jihadiste en mars 2013, ils militaient déjà, aux côtés des l’Armée syrienne libre (ASL), contre le régime de Bachar al-Assad.

Sur leurs affiches, placardées mi-avril à Raqqa, ils ont écrit : "Non à Daech, non à Bachar. Liberté pour toujours".

Un activiste glisse des flyers sous des rideaux de magasins à Raqqa. Vidéo postée par les memebres de "Raqqa est massacrée en silence".


Un activiste colle un flyer et indique que c’est "tout près du domicile d’un membre de l’EI".

"Nous avons choisi ce quartier où il y a un marché pour atteindre le maximum de gens"

Abou Ward al-Raqqawi (pseudonyme) vit à Raqqa et est membre de ce réseau.

Nous avons tourné ces vidéos dans un quartier marchand de Raqqa. Cette action a été difficile à organiser, nous avons dû étudier les déplacements des jihadistes plusieurs jours. Il fallait savoir avec exactitude quand passaient les patrouilles de l’EI, étudier avec minutie les rues qu’ils empruntent, repérer les caméras de surveillance qu’ils ont installé à plusieurs endroits de la ville.

Ça n’a duré que quelques minutes. Nous avons collé des affiches devant des magasins et en avons laissé d’autres, environ une cinquantaine dans la rue, sur les places. Nous avons choisi ce quartier où il y a un marché pour atteindre le maximum de gens.

Depuis deux semaines, l’organisation jihadiste à renforcé ses patrouilles. Elle a aussi resserré l’étau sur les civils et émis de nouvelles règles portant par exemple sur l’interdiction de porter des jeans ou de boire les boissons énergétiques, sous prétexte que ce ne serait pas conforme à l’islam.

En fait, nous espérons avec cette modeste action que la population sache que malgré le contrôle qu’exercent les jihadistes sur la ville, il y a toujours des gens qui considèrent qu’ils ne sont pas les bienvenus ici et qui n’ont pas peur de le dire. Peut-être que ça peut inspirer des gens. Même si c’est difficile.

Les membres de "Raqqa est égorgée en silence" n’en sont pas à leur première action anti-EI. En octobre 2014, ils avaient déjà dessiné des tags hostiles à l’organisation jihadiste sur plusieurs murs de la ville.