Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

Un groupe armé proche du gouvernement malien a pris le contrôle de Ménaka, dans le nord-est du pays, lundi 27 avril, alors que la ville était jusqu’à présent tenue par le groupe rebelle touareg MNLA. Un habitant de Ménaka raconte pourquoi, selon lui, une grande partie de la population se réjouit de ce renversement de situation.

Lundi, des hommes du Groupe auto-défense touareg Imghad et alliés (Gatia) – pro-Bamako – ont pénétré à Ménaka, où ils se sont emparés des positions des rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Ces derniers, peu nombreux dans la ville ce jour-là, se sont retirés sans opposer de réelle résistance, selon Moussa Ag Acharatoumane, le chargé de communication du MNLA, joint par France 24. Ce dernier indique également que quelques membres du MNLA ont été faits prisonniers.

La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) – dont fait partie le MNLA – a immédiatement condamné cet assaut, le considérant comme une "grave violation des accords de cessez-le-feu" de mai et juillet 2014. Le gouvernement malien a quant à lui "condamné la reprise à des hostilités et le regain de violences sur le terrain".

Le lendemain, des habitants sont sortis dans les rues de Ménaka pour saluer la reprise de la ville par le Gatia, alors qu'elle était contrôlée par le MNLA depuis près d’un an, comme le montre cette vidéo.

Dans les rues de Ménaka, le mardi 28 avril.
Vidéo prise par un membre du Gatia.

"Les gens du MNLA se rendaient parfois dans les salles de classe pour enlever les cartes ou les drapeaux du Mali"

Sidi (pseudonyme) est un habitant de Ménaka.

Heureusement, il n’y a pas eu de morts dans les combats, lorsque le Gatia s'est emparé de la ville lundi. Le lendemain, beaucoup d’habitants de Ménaka sont sortis dans les rues de la ville pour exprimer leur joie. Les gens criaient "Vive le Mali" ou encore "À bas le MNLA "… On a aussi appelé l’armée malienne à sortir de son camp, où elle reste cantonnée, pour qu’elle contribue à sécuriser la ville. Ce rassemblement a duré une heure environ.

Ce jour-là, il y a eu des rumeurs selon lesquelles le MNLA était parti chercher des renforts vers Kidal. [Moussa Ag Acharatoumane, le chargé de communication du MNLA, a confirmé à France 24 que le groupe avait "fait appel à toutes [ses] forces pour revenir à Ménaka", NDLR.] Mais le MNLA n’est pas revenu jusqu’à présent, même s’il y a eu des affrontements à une vingtaine de kilomètres de la ville mardi. Donc pour l’instant, le GATIA nous dit de rester chez nous.

Le MNLA a contrôlé Ménaka pendant près de trois ans. Le problème, c’est qu’on ne pouvait pas s’exprimer, pour revendiquer nos droits par exemple. Chaque jeudi, il y a un marché dans la ville. Pour s’y rendre, les villageois des alentours étaient obligés de verser une taxe à leurs combattants. Par ailleurs, pour circuler en moto, il fallait avoir une vignette du MNLA. Les gens du MNLA se rendaient également parfois dans les écoles, armés, pour s’assurer qu’il n’y avait pas de cartes ou de drapeaux du Mali dans les salles de classe, et les retirer le cas échéant. Il était impossible de porter des habits aux couleurs du Mali. Le MNLA a terrorisé la population pendant des années, donc elle en avait assez.


Si vous habitez Ménaka ou avez des informations sur la situation dans cette ville, n’hésitez pas à contacter nos journalistes.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Chloé Lauvergnier (@clauvergnier), journaliste à France 24.