En juin dernier, nous vous parlions de "Quand le village se réveille", une initiative de collecte et de diffusion d’informations sur la culture malienne visant à sauvegarder les traditions ancestrales. Le tout vient de prendre forme dans une application smartphone destinée aux jeunes générations.

Pourquoi les hommes des villages maliens portent sur eux de petits objets ? À quoi jouent les habitants dans les coins reculés du pays ? Pourquoi les chameaux sont essentiels aux nomades du Nord-Mali ? Autant de questions auxquelles
le projet "Culture Mali – Quand le village se réveille" apporte des réponses.

Le projet a été lancé par Boukary Konaté, professeur de français et de bambara à Bamako et Observateur de FRANCE 24, qui a vu dans les nouvelles technologies de la communication un moyen de sauvegarder les traditions maliennes et la parole des sages. Il a depuis reçu le soutien du ministère de la Culture du Mali, mais également de nombreux internautes via une opération de levée de fonds sur Internet.

Au départ, un blog et une page Facebook ont été créés. Le projet a ensuite pris de l'ampleur avec une application smartphone gratuite disponible sur Androïd et Iphone. On y découvre des articles parfois étonnants, qui côtoient des interviews de sages de village maliens.

Dans la liste des sujets traités sur "Quand le village se réveille" se cotoient des proverbes qui illustrent des traditions, des interviews de sages, et aussi des questions - parfois obscures - avec des objets étranges.

"Développer l’aspect collaboratif et exporter le concept en dehors du Mali"

Depuis le début du projet, Boukary Konaté a pu se rendre dans quasiment toutes les régions du Mali, à l’exception de celles de Tombouctou et de Kidal.

Boukary Konaté a pu se rendre dans toutes les régions, à l'exception de Tombouctou et Kidal, pour trouver des villages intéressés par son projet.

Je suis originaire d’un petit village de la région de Ségou, et je connais bien les traditions, notamment celles des Dogons [peuple de cultivateurs maliens présent sur le plateau de Bandiagara, NDLR] . Pourtant, même moi j’en apprends tous les jours avec ce projet. Par exemple, j’ai découvert que de nombreux Dogons portent un bonnet avec deux fils épais aux extrémités. Je pensais que c’était un effet de mode, mais en réalité, ce bonnet sert à chasser les mouches et les moustiques attirés par la sueur des travailleurs dans cette région très humide [ce qui permet donc d'éviter toutes sortes de maladies NDLR].

J’ai déjà réussi à former plusieurs jeunes motivés aux bases de l’informatique et du blogging, et acheté des ordinateurs et du matériel, grâce aux nombreux dons reçus, pour qu’ils puissent participer au projet. Je n’arrive pas à convaincre partout où je passe, mais globalement, je suis agréablement surpris de voir que les plus jeunes se sentent concernés par le thème de la sauvegarde des traditions.


Des jeunes de Bancoumana, dans la région de Koulikoro, apprennent les bases du blogging pour alimenter le site.

J’aimerais développer encore plus l’aspect collaboratif, que des personnes originaires de villages reculés et qui ont un profil connecté puissent y participer. Quelque chose qui me tient à cœur, est aussi de développer ce projet en dehors du Mali, sur des sujets transversaux. Par exemple, on s’est rendu compte qu’un jeu du Mali, le Waali, se retrouvait également au Sénégal, au Ghana ou à Madagascar ! Ce genre de découverte montre bien les migrations de populations bantoues à travers l’histoire.


Le blog est aujourd’hui suivi par environ 9 000 personnes régulièrement, la plupart au Mali, mais aussi en Finlande, aux États-Unis ou en Arabie Saoudite. Boukary Konaté confesse qu’il aimerait pouvoir "créer de l’emploi grâce à ce projet "à moyen-terme.

Si vous voulez participer au projet, via l’application, ou aider à son financement, vous pouvez contacter notre Observateur en lui envoyant un mail aux adresses suivantes : konate76@gmail.com ou tardiculture@gmail.com.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à France 24.