Des femmes manifestent contre les frappes de la coalition arabe à Sanaa. Photo postée sur Facebook.

Moins d'une semaine après le début de l'offensive aérienne menée par la coalition de neuf pays arabes contre les rebelles houthis au Yémen, la population a déjà payé un lourd tribut : plus de cinquante civils ont péri dans les frappes. Une spirale de violence que des dizaines de femmes yéménites espèrent encore pouvoir enrayer.

Lundi, la coalition conduite par l'Arabie saoudite, qui appuie les forces loyales au président yéméniteAbd Rabo Mansour Hadi contre les rebelles houthis, a mené un raid meurtrier contre un camp de déplacés à Hajja, dans le nord-ouest du pays, faisant 40 morts et au moins 200 blessés. Quelques jours avant, les premiers bombardements avaient fait 14 morts civils à Sanaa, selon la défense civile. Mais Amnesty International a évoqué 25 morts, dont six enfants.

Les manifestantes ont appelé à l'arrêt des frappes sur le Yémen et exhorté les Houthis à renoncer à la guerre. Photo postée sur Facebook.

"Nous appelons toutes les femmes du Yémen à devenir des faiseuses de paix"

Angela Abu Asba est enseignante à l’Université de Sanaa et milite au sein de l’association féministe Femmes unies. Elle a participé à un rassemblement de femmes à Sanaa, dimanche 29 mars, pour dénoncer ses frappes.

Nous avons organisé ce rassemblement parce qu’en tant que femmes, sœurs, mères, nous ne pouvons pas rester silencieuses face à cette situation.

Tous les QG des Houthis qui sont bombardés à Sanaa, les casernes, le palais présidentiel, sont situés dans des quartiers résidentiels. Des maisons sont soufflées, des civils innocents ont péri dans ces frappes. Les écoles et la plupart des commerces sont fermés. Les gens sont effrayés. Ils n'osent plus sortir de chez eux, et même chez eux, ils ne sont pas à l’abri.

Les filles constituent plus de 70 % des étudiants qui fréquentent l’institut de langues où je travaille. Depuis cinq jours, elles ne viennent plus en cours. L'université était pour elles une bouffée d'oxygène et un espoir d'avenir dans cette société conservatrice. L'établissement n'a pas fermé ses portes, mais désormais leurs parents ne les laissent pas venir. C’est du gâchis !



Notre initiative rassemble des femmes de tous bords, des enseignantes, des militantes dans des partis politiques, des femmes qui exercent des professions libérales. Mais nous partageons le même objectif : nous voulons la paix pour notre pays et nous appelons toutes les femmes du Yémen à devenir des faiseuses de paix.

Bien entendu, nous dénonçons cette intervention étrangère dans notre pays, mais nous en voulons aussi aux Houthis qui sont en train de mettre le sud du pays, les provinces d’Aden, Lahj, Ad Dali’, à feu et à sang. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est à cause d'Abdelmalek Al-Houthi [le leader de la rébellion houthie] et du président Hadi. L’un est caché quelque part en lieu sûr et l’autre est confortablement installé dans les salons saoudiens tandis que les Yéménites sont massacrés.

"Des discours sectaires ont commencé à se propager dans notre pays"

Nous aurions voulu que les pays du Golfe, au lieu de s’empresser de nous bombarder, privilégient le dialogue et invitent les deux parties à négocier. Nous aurions aussi préféré que la communauté internationale utilise les moyens de pression diplomatique, que l’ONU par exemple exige des rebelles houthis qu’ils remettent leurs armes. Au lieu de cela, elle a donné sa bénédiction pour des frappes contre leurs stocks d’armement sans considération pour les civils.

Hier, j’ai pris des photos d’une colline de la banlieue de Sanaa où des armes avaient été bombardées. Les débris sont parvenus jusqu’aux maisons de mon quartier et fait souffler des fenêtres. Je n’ose pas imaginer ce qui est arrivé aux civils qui vivent près de cette colline.



Ces derniers temps, des discours sectaires ont commencé à se propager dans notre pays, des discours opposant sunnites et chiites qui n’existent pas dans les traditions de notre société. Nous en appelons à toutes les femmes du Yémen à lutter contre les discours haineux, à venir en aide aux victimes. Nous poursuivrons notre mobilisation contre cette guerre immonde. S’il le faut nous sortirons dans les rues, nous constituerons des boucliers humains pour stopper ce conflit fratricide.

Au Yémen, les femmes subissent de graves discriminations du fait des traditions. Par exemple, elles ne peuvent pas se marier sans l’autorisation d’un tuteur masculin. Les mariages d’enfants sont en outre très répandus dans ce pays et des fillettes âgées d'à peine huit ans sont victimes de mariages forcés. Au Yémen, le taux de scolarisation des filles est également très faible, et ne dépasse pas les 27 %, selon l’Unicef.