Les habitants de Sanaa et Aden vivent dans la peur. Les forces de sécurité loyales au président Hadi sont parties se battre sur plusieurs fronts contre les rebelles chiites houthis, laissant la population des deux grandes villes du Yémen livrée à elle-même.

L'Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition internationale pour défendre le président reconnu par la communauté internationale Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié à Aden. Des frappes aériennes ont visé, dans la nuit de mercredi à jeudi, plusieurs positions des rebelles houthis, notamment l’aéroport de Sanaa, tuant 13 civils selon une source citée par l’AFP.

Les témoignages de nos Observateurs à Sanaa et Aden.



"Dans la capitale, les gens ne comptent plus que sur eux-mêmes"

Hisham al-Omeysi est un de nos Observateurs à Sanaa.

J’ai réussi à mettre ma famille en sécurité ce matin. Avec les frappes, ce que nous craignons le plus c’est de faire partie des victimes collatérales. À Sanaa, les Houthis sont mélangés au reste de la population et ils contrôlent des bâtiments dans des quartiers très peuplés de la ville. Que va-t-il se passer si ces zones sont bombardées ?

"Plus d’essence, plus d’électricité"

Il n’y a pas de combats de rue. Ce sont essentiellement des bombardements. Pour le moment, on ne peut pas sortir de la capitale car les Houthis sont positionnés aux sorties de la ville. Sortir signifie donc prendre le risque d’être bombardédevant un de leurs poste. Les gens restent donc en général chez eux, mais certains changent de quartier pour tenter de s’éloigner des zones à risque.

Nous n’avons plus d’électricité publique. Nous utilisions donc des générateurs alimentés à l’essence, mais maintenant le carburant vient à manquer. Ce matin, il y avait des files immenses devant les stations essence.

On n’a pas l’habitude des bombardements à Sanaa. Ça a été une vraie surprise. Nous n’avons aucun plan d’urgence ou d’organisation spécialisée pour gérer ce type de catastrophe. On n’a pas non plus d’abris anti-bombardements. Hier pendant les frappes, les habitants étaient livrés à eux-mêmes. Ils se sont donc dirigés vers les sous-sols de leurs immeubles pour se cacher. Les gens ne comptent plus que sur eux-mêmes. Il n’y a pas de gouvernement, pas d’infrastructures, pas de sécurité.

"Des jeunes s’arment pour défendre leurs quartier"

Au sud du pays, les rebelles houthis poursuivent leur progression vers Aden dont ils veulent prendre le contrôle. Les forces de sécurité loyales au président Hadi et les rebelles s’affrontent notamment autour de l’aéroport d’Aden.

En revanche dans la ville d’Aden, c’est le chaos sécuritaire...

Témoignage de notre Observateur sur place, Omar Alsakaf.

Les gens sont restés cloîtrés chez eux, les écoles et la plupart des commerces sont fermés. La population a peur car l’armée loyale au président Hadi et les comités populaires qui l’appuient se sont rendus dans le gouvernorat de Lahj et autour de l’aéroport d’Aden pour essayer de stopper l’avancée des troupes houthies.

Vidéo transmise jeudi 26 mars par Omar Alsakaf.


En l’absence de sécurité, plusieurs magasins ont été pillés. Hier, j’ai vu depuis mon balcon des dizaines de jeunes pénétrer dans le stade du 22 mai et en sortir avec des écrans, des ordinateurs, des portes, des chaises.

Pillages et saccages

Des voleurs se baladent armés dans la ville. Ils tirent en l’air pour faire fuir les gens, puis saccagent les magasins. Ce matin je suis passé devant un grand supermarché. Les gardes venaient d’abattre un homme qui venait piller.

Pour protéger leurs quartiers, des habitants ont également essayé de voler des armes stockées dans un camp de l’armée situé sur la montagne Jabal al Hadid. Les éléments de la police militaire qui gardent le camp ont tiré et il y a eu dix morts [nous n’avons pas pu vérifier le bilan de source indépendante].

Des cartouches de munitions en vente au marché. Vidéo transmise par Omar Alsakaf.


Aujourd’hui, je me suis rendu à la mi-journée au marché de Cheikh Othmane, le plus important d’Aden. Le marché était quasiment vide mais j’ai vu des jeunes qui vendaient des cartouches de mitraillette Kalachnikov et de Douchka à très bas prix, à environ 50 euros la boite.

"Les gens sont allés demander des armes aux militaires"

Des comités populaires tirent sur un véhicule de rebelles houthis dans le quartier Mansourah à Aden. Vidéo transmise par Omar Alsakaf.


 
Des dizaines de personnes se sont également rendues dans le camp militaire d’Annasr situé près de l’aéroport pour réclamer des armes. Les militaires les ont invitées à monter dans des pick-up et leur ont dit : "On vous fournit des armes à condition que vous alliez vous battre à Lahj contre les Houthis". Mais la plupart ont refusé car ils veulent rester pour protéger leur ville.

Parfois, il y a des incursions de Houthis dans la ville. Donc des jeunes armés ont monté des groupes de vigilance dans plusieurs quartiers, dont le mien. La situation est très préoccupante.