Le 14 février est la journée des amoureux partout dans le monde. Pourtant en Iran, les autorités ont décrété que toute référence à la Saint-Valentin était interdite dans les commerces. Mais "l’interdiction" est loin d’être respectée.

L’interdiction concerne plus précisément toute mention du terme "Saint-Valentin" dans les magasins vendant peluches, chocolats, ou tout cadeau que pourraient s’offrir les amoureux. Dans certaines villes conservatrices iraniennes, des documents ont circulé auprès des syndicats de commerçants suggérant de ne pas vendre des cadeaux "relatifs à la Saint-Valentin" les jours précédents la fête. Certaines autorités policières sont allées jusqu’à qualifier la Saint-Valentin de fête purement "occidentale" voire même "promouvant des relations hors mariage illicites" ciblant les phrases interdites comme par exemple "I love you".

Sur ce communiqué de police de Garmsâr en Iran, la saint Valentin est décrite comme une "promotion de relations illicites". Le terme "I love you" fait partie des phrases à ne pas afficher dans les commerces.

Ces mesures ne sont pas nouvelles : par le passé, notamment durant le mandat de Mahmoud Ahmadinejad, les conservateurs étaient même allés jusqu’à interdire l’utilisation de la couleur rouge dans les boutiques durant les jours précédents la Saint-Valentin ou encore à obliger les cafés à fermer plus tôt. Aujourd’hui, si les directives sont un peu moins restrictives mais toujours présentes, la célébration de la Saint-Valentin ne semble pas effrayer à Téhéran.

Pour voir les photos en plein écran, cliquez sur le diaporama

Photos envoyées par nos Observateurs de plusieurs cadeaux de Saint-Valentin affichées dans des boutiques de Téhéran.

"La police ne cherche pas vraiment à faire respecter les mesures anti-Saint-Valentin"

Shahrouz (pseudonyme) gère un magasin dans le centre commercial d’Andishe à Téhéran.

Avec les interdictions, nous n’avons mis aucune mention sur notre vitrine faisant référence à la "Saint-Valentin", et nous avons même hésité à utiliser le rouge pour décorer notre boutique. Certaines ont utilisé du rose [couleur non concernée par les restrictions NDLR], d’autres n’ont pas hésité à habiller leur magasin de rouge.

Des magasins font même un pied de nez aux autorités en utilisant des peluches habillées de robes de mariées qui font fureur : la police n’a rien à dire puisque cela fait référence au mariage, et pas à la Saint-Valentin ! En réalité, même si ces directives ont circulé, la police ne cherche pas à les faire respecter coûte que coûte et ferme les yeux sur les petits écarts.
En tous cas, cette fête a un intérêt commercial évident pour nous : à deux jours de la Saint-Valentin [l’interview a été réalisée le 12 février NDLR], notre chiffre d’affaire de la semaine équivaut à celui de deux mois de travail !

"Jeunes ou vieux, tout le monde veut son cadeau de Saint-Valentin"

Farnaz (pseudonyme) est une journaliste à Téhéran.

Quasiment toutes les personnes que je connais offrent un cadeau à la personne qu’elles aiment. Quand vous avez des millions d’Iraniens qui ont envie d’acheter un cadeau pour faire plaisir à leur Valentin ou leur Valentine, c’est impossible de stopper ça.

Pour moi, ce jour est devenu très populaire en Iran principalement parce que la population est très jeune [la moitié de la population iranienne a moins de 30 ans, NDLR]. Les jeunes influencent beaucoup la société iranienne, car ils n’ont aucun rejet des fêtes considérées comme "occidentales" par les autorités, comme Halloween ou même Noël. Mais à vrai dire, la Saint-Valentin n’est pas seulement une fête de jeunes : quand je suis allé acheter mon cadeau pour mon mari, j’ai vu un sexagénaire en train d’acheter un nounours avec un gros cœur rouge. Ça montre a quel point les mentalités des Iraniens sont différentes de ce que voudraient les autorités.

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Ershad Alijani (@ErshadAlijani) et traduit par Alexandre Capron (@alexcapron), journalistes à France 24.