Steve Roland Etogo Akpe, alias "One Love", n’a pas peur de Boko Haram, et il le clame haut et fort dans un rap défiant la secte islamiste nigériane. Des textes coups de poing pour lutter contre la peur qui s’installe au Cameroun, à l’extrême Nord comme à Yaoundé et appeler à l’unité.

Le rap "Boko Haram, tu ne nous peux pas" (comprendre "Boko Haram, tu ne peux pas nous déstabiliser") tourné sur les hauteurs de la banlieue de la capitale camerounaise est en ligne depuis une semaine. Sur un ton provocateur, le rappeur camerounais One Love questionne directement la secte islamiste : "Boko Haram, tu t’adresses à qui ? Tu oses menacer le président de qui ? Tu es même quoi ? Tu sors même d’où ? Tu crois que notre armée a peur de tes voyous ?".

Le rappeur fait référence dans sa chanson aux menaces d’Aboubakar Shekau, le leader présumé de Boko Haram, à l’encontre du président camerounais Paul Biya.

"Ce rap invite à ne pas céder à la psychose"

L’artiste Steve Roland Etogo Akpe, qui évoque tour à tour l’union du pays face à la menace terroriste ainsi que le soutien aux villes du Nord et à l’armée camerounaise sur le front à l’extrême nord du pays, souhaite par cette chanson libérer la parole autour de la secte islamiste, sujet encore largement tabou notamment à Yaoundé.

Tous les jours, j’entends des rumeurs sur des infiltrations de membres de Boko Haram. Les gens ont peur, et quelqu’un jugé "bizarre" est immédiatement identifié comme appartenant à la secte. Être vigilant est une bonne chose, mais le problème, c’est que les Camerounais ne savent pas ce qu’est Boko Haram, d’où vient cette secte et pourquoi ils attaquent des villes du nord du Cameroun, ce qui aboutit à tous les fantasmes [en juin 2014, des textos avaient circulé sur les téléphones portables de Yaoundé mais aussi de Douala évoquant la présence de membre de Boko Haram dans les deux villes et prévenant d'une attaque imminente, NDLR]. Ce rap doit ouvrir des discussions sur ce qu’est cette secte, en parler pour lutter contre la psychose.

Dans ces temps de guerre, auquel le Cameroun n’est pas habitué [le pays n’a plus connu de guerre depuis son indépendance en 1960, ndlr], le danger qui nous guette est la désunion. Notre pays est multiculturel, les différends politiques entre Camerounais anglophones et francophones, voire entre Camerounais du Sud et du Nord apparaissent ponctuellement. Je ne suis personnellement pas un grand sympathisant de Paul Biya, ça m’a d’ailleurs valu d’être exclu de rassemblements de musiciens camerounais et de me couper d’aides financières. Mais dans ces temps de lutte contre le terrorisme, je soutiens le président et notre armée avec fierté.

Dans le clip, plusieurs Camerounais posent avec des pancartes "Je suis Fotokol" ou "Je suis Kolomata" en référence à des villages du nord-Cameroun attaqués récemment par Boko Haram.

Le rap de "One Love" s’inscrit dans un mouvement citoyen lancé par des blogueurs camerounais sur les réseaux sociaux avec le hashtag #StopBokoHaram.

Une quinzaine de soldats camerounais tués depuis septembre 2014 dans l’extrême Nord

L’armée camerounaise est impliquée dans des combats depuis septembre 2013 à l’extrême nord du Cameroun contre le groupe terroriste. Le bilan des pertes est difficile à établir mais selon les rapports militaires publiés par le quotidien camerounais "l’Œil du Sahel", une centaine de civils, une quinzaine de soldats camerounais, et plus de 400 combattants de Boko Haram – dont 143 dans la seule journée du 12 janvier 2015 – seraient morts depuis septembre 2014 dans cette région. Le rapport cite également de nombreux blessés et portés disparus civils comme militaires.

L’Union africaine s’est réunie, jeudi 29 janvier, pour réclamer le déploiement de 7 500 hommes supplémentaires pour lutter contre la secte islamiste. La question de l’envoi d’une mission onusienne en renforts de ces effectifs est également à l’étude.

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à France 24.

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