Choqués par une bagarre à l’Assemblée constituante du Népal entre des députés qui s’affrontaient à coups de chaises, des internautes ont créé le hashtag #SmashChairChallenge ("le défi du lancer de chaise"). Une dénonciation pacifique des comportements indignes de leurs représentants, alors que le contexte politique est particulièrement tendu.

Le Népal peine à se doter d’une Constitution depuis 2008, date à laquelle la monarchie a été abolie dans le pays. Les discussions achoppent principalement sur la création d’un État fédéral correspondant à la mosaïque ethnique du pays, qui compte près d’une centaine d’ethnies.

D’un côté, l'opposition, notamment les partis issus de la guérilla maoïste, pour qui le découpage en États fédérés doit être pensé pour permettre une meilleure représentation dans la société, et notamment à des postes importants, des castes historiquement exclues telles que les Dalits (intouchables) et la minorité indienne des Madhesi. De l’autre, le parti majoritaire, le Congrès népalais et leurs alliés, composés de membres des castes dominantes au Népal comme les Bahuns et les Chhetris, qui ne se disent pas opposés au fédéralisme mais craignent qu’un tel découpage sape l’union nationale en créant des particularismes, et aboutirait à l’explosion de l’État népalais.

Le 20 janvier, date à laquelle une première version du texte de la Constitution devait être normalement présenté, ces différends ont entrainé des bagarres aux alentours de minuit à l’Assemblée népalaise. Les affrontements ont fait plusieurs blessés, notamment des policiers qui tentaient de s’interposer. Le mobilier a été saccagé dans la bagarre. Une des photos prise par un journaliste, montrant un député en train de s’armer d’une chaise pour la lancer, a été reprise par plusieurs médias locaux.


Symbole de cet nouvel échec politique, le cliché a été parodié sur les réseaux sociaux par de nombreux internautes basés au Népal, et quelques uns à l’étranger. Le hashtag #SmashChairChallenge, créé pour l’occasion, a été utilisé près de 1 000 fois en une semaine. À l’image du #IceBucketChallenge, l’internaute se prend en photo et met au défi un de ses amis de poster lui aussi sa propre photo de "lancer de chaise".



"Ce hashtag n’a rien de politique, on veut simplement attirer l’attention sur les millions de roupies dépensées"

Derrière ce hashtag, on trouve quatre amis népalais ulcérés par l’attitude des députés : un expert en management, un scientifique, un journaliste et Brazesh Khanal, écrivain, cinéaste et auteur de fiction qui a accepté de nous expliquer cette initiative.

Quand on s’est réveillé mardi dernier [le 20 janvier, NDLR], et qu’on a vu les images de nos députés se battre dans l’Assemblée, nous étions atterrés. On avait déjà vu ça dans d’autres pays [en Ukraine récemment, ou en Turquie, NDLR], mais on ne pensait pas que ça pouvait arriver au Népal, une nation plutôt pacifique, malgré les différents.
 

Le tweet du #SmashChairChallenge publié par Brazesh Khanal sur Twitter.

On a cherché un moyen de tourner ça en dérision. Pour nous, ce hashtag c’est d’abord une façon de dire qu’on n’est pas d’accord avec une telle attitude de la part de ceux pour qui on a voté et à qui on fait confiance pour diriger notre pays. Ensuite, par ce geste, on veut aussi dire qu’il est temps que ces discussions aboutissent, et que le Népal ait sa constitution : des millions ont été dépensés pour payer les salaires des députés [près de 780 millions de roupies, soit 7 millions d’euros depuis 2013, date de l’élection de la nouvelle Assemblée de 575 députés selon le "Himalayan Times Daily"], ce sont les citoyens népalais qui payent… alors si en plus ils cassent les chaises !

Notre hashtag n’a absolument rien de politique, nous ne prenons position pour aucun des deux camps. Je vois davantage ça comme une satire pacifique. On est conscient que trouver une issue politique à cette situation est très difficile, mais ce qu’il s’est passé ce 20 janvier, c’est un manque de respect pour le citoyen népalais.

Après l’affrontement à l’Assemblée, les discussions ont été suspendues. Une coalition de onze partis de la majorité s'est donné 10 jours pour trouver une solution et a invité jeudi l’opposition à rejoindre le processus, en affirmant inclure "certaines de leurs propositions". Le porte-parole de l’opposition maoïste a affirmé être prêt à discuter mais sur la base d’un accord écrit.


Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.