Déchets sur la plage de Saïda, dans le sud du pays. Photo : Ibrahim El Ali.

Pêche à la dynamite, rejet de déchets en mer, surexploitation des ressources. L’accumulation des mauvaises pratiques inquiète notre Observateur, écologiste qui assure que la survie de nombreuses espèces de poissons est notamment compromise.

Étendu sur 220 kilomètres, le littoral du Liban est arpenté par quelque 7 000 pêcheurs et 2 500 embarcations chaque année. Ils ne procurent que 10 % des besoins de poissons du pays, mais leurs pratiques contribuent à menacer la biodiversité dans la région maritime. En outre, au Liban, l’évacuation des déchets est mal régulée et se fait souvent par la mer, de plus en plus polluée. Et ce qui inquiète encore davantage les écologistes locaux : des gisements de gaz viennent d’être découverts au large du pays. Leur exploitation pourrait avoir des conséquences environnementales dramatiques en cas de déversement  accidentel.

Or, le littoral libanais est un des lieux de prédilection pour la reproduction de certaines tortues et requins. Il abrite également des espèces, comme le mérou, le rouget et le petit barracuda, aujourd’hui menacées de disparition à l’échelle mondiale.

"Il est urgent de développer la sensibilisation des pêcheurs à l'écologie et d'interdire la pêche dans les zones de reproduction des espèces"

Ibrahim El Ali est activiste écologiste. Il a lancé plusieurs pétitions, relayées sur son blog, notamment contre la pêche à la dynamite.

Le manque d’attention du Liban à la protection de son environnement est en train de tuer la biodiversité sur le littoral libanais.

Il faut d’abord regarder les pratiques de certains pêcheurs. Il y a ceux qui pêchent à la dynamite, technique très prisée ces 25 dernières années. Quand un bâton de dynamite est jeté à l’eau et explose, ça peut tuer tous les poissons sur un rayon de 250 mètres. Ce qui inclut des poissons jeunes et des micro-organismes, compromettant la reproduction et le renouvellement des stocks. Il a de plus été montré que la pêche à la dynamite endommage le système auditif de nombreux mammifères marins et accélère l’érosion des côtes en détruisant les coraux… À Tyr, une ville qui compte 8 000 pêcheurs, les stocks de poissons ont clairement diminué. Heureusement, cette pêche se pratique un peu moins depuis six mois, car la découverte de gisements de gaz à proximité des côtes libanaises fait que de nombreux militaires patrouillent dans les eaux territoriales. Ils ne sont pas là pour contrôler les pêcheurs, mais ça les dissuade.

Pêche à la dynamite dans les eaux libanaises. Vidéo postée sur YouTube.

Tortue échouée, victime de la pêche à la dynamite. Photo : Ibrahim El Ali.

D'autres pratiques de pêche totalement illégales perdurent au Liban. La pire, c'est la pêche au cyanure : le poison est mis sur des boulettes de pain, jetées aux poissons. C’est évidemment extrêmement dangereux ensuite pour le consommateur. Mais heureusement, c’est peu utilisé.

À côté de cela, la biodiversité marine est sérieusement mise en danger par la pollution de la mer. Les égouts libanais sortent directement dans la Méditerranée, comprenant parfois des métaux lourds en provenance comme le cuivre, le zinc et le vanadium, qui proviennent des usines. À Beyrouth, les gens pêchent au bord de la corniche, dans une eau très sale. Sans compter les déchets qui s’accumulent dans les décharges, comme à Saïda, dans le sud du pays, et qui finissent par glisser dans l’eau [la "montagne "de déchets de Saïda est aujourd’hui en train d‘être recouverte, NDLR]. À plusieurs reprises, on a retrouvé des tortues asphyxiées parce qu’elles avaient mangé un sac plastique, qu’elles confondent avec des méduses…

Pollution sur la plage de Tripoli, dans le nord du pays. Vidéo: Lcac Lebanon.


Montagne de déchets à Saïda. Photo : Ibrahim El Ali.

On ne peut pas dire que les autorités s'investissent vraiment pour empêcher ces comportements. La pêche à la dynamite est interdite, mais il n’y a aucun contrôle. Il y a un certain laisser-aller. Tous les pêcheurs n’ont pas de licence leur permettant de pratiquer leur activité, mais l’État a dans l’idée de protéger les plus démunis. Donc lorsque quelqu’un dit qu’il n’a pas de travail et  pêche pour gagner un peu d'argent, on le laisse faire.

Mais les mauvaises pratiques sont aussi le fait de pêcheurs agréés, qui ont une licence professionnelle. Du coup, je pense que la solution passe par deux mesures. Il est urgent de développer une formation et une sensibilisation des pêcheurs. Beaucoup ignorent les risques que font peser leurs pratiques sur l’environnement. Encore récemment, un bateau a pêché un requin femelle enceinte… Il faut apprendre à laisser se reproduire les poissons. Je pense donc qu'on pourrait également essayer de délimiter les zones de reproduction des espèces, notamment les plus menacées, et y interdire la pêche en période de reproduction. Par ailleurs, la mise en place de bateaux patrouilleurs serait à mon sens efficace contre les pratiques de pêche illégales.

Malheureusement, le travail de sensibilisation des pêcheurs sera long. Le Liban n’a jamais fait de l’écologie une priorité.