L'équipe des anti-balaka (en jaune) affrontait les ex-Séléka (en vert) dimanche à Bangui. Photos de notre Observateur Rosmon Zokoue.

Le gouvernement centrafricain a voulu organiser dimanche un match de foot opposant des anti-balaka à des ex-Séléka. Rapprocher ces deux mouvements ennemis par le sport, l’idée était séduisante. Dans la réalité, l’initiative s’est avérée bien creuse.

L'idée émane d’anciens dirigeants des deux groupes armés : d’un côté Sebastien Wenezoui, ancien vice-président des anti-balaka, une milice rurale composée majoritairement de chrétiens, et de l’autre Abdel Kader Khalil, ancien officier des Séléka, ex-rébellion, de majorité musulmane, qui a porté au pouvoir Michel Djotodia en mars 2013.
La rencontre s’est déroulée en présence du ministre de la Jeunesse et des Sports centrafricain, Armel Sayo, et de celle de la Réconciliation nationale Jeanette Détoa au stade municipal de Bangui. Ces ministères ont versé 80 000 francs CFA (120 euros) aux deux équipes pour l’achat d’équipements. L’opposition de 90 minutes s’est soldée par un match nul 0 à 0.

Armel Sayo (à gauche avec la casquette), ministre de la Jeunesse et des Sports et Jeanette Détoa (à droite avec la casquette), ministre de la Réconciliation, étaient venus assister au match. Photo Rosmon Zokoue.

"Ces équipes ne sont pas vraiment représentatives des mouvements ex-Séléka et anti-balaka"

Sur le papier, ce match était un exemple parfait de la réconciliation voulue par les autorités de la transition en Centrafrique. Mais en coulisses, le tableau est beaucoup moins idyllique.

Rosmon Auxence Zokoue
est photographe, blogueur et correspondant pour le site indépendant RJDH-Centrafrique. Il a assisté au match dimanche.

Les joueurs avec le maillot vert sur le terrain n’étaient pas des ex-Séléka : ce sont en réalité des jeunes musulmans du quartier PK5 qui ont des liens plus ou moins étroits avec le mouvement. J’étais surpris de les voir sur le terrain, parce qu’au départ, des ex-Séléka actuellement cantonnés dans un camp militaire de Bangui [le camp Beal NDLR] devaient jouer ce match.

Des participants au match se sont vu distribuer quelques billets à la fin de la rencontre.

"Des ex-Séléka écartés du match ont menacé de venir perturber son déroulement"

La raison de ce remplacement de dernière minute n’est pas claire, mais il est probable que ce soit lié à des questions de primes aux joueurs, peut-être que l’organisateur côté Séléka a voulu faire des économies en enrôlant des jeunes des quartiers, rémunérés moins cher [France 24 a tenté de joindre Abdel Kader Khalil, sans succès].

Les ex-Séléka cantonnés étaient tellement énervés d’avoir été écartés du match qu’ils planifiaient de venir perturber son déroulement. Mais ils ont été dissuadés par la forte présence militaire internationale.
 
"Ce match est le symbole des divisions qui existent dans les deux mouvements"

Du côté des anti-balaka, on ne peut pas non plus dire que les joueurs étaient très représentatifs du mouvement : Sebastien Wénézoui qui a recruté les joueurs de l’équipe anti-balaka a été à l’origine d’une scission au sein du mouvement en mai. Wenezoui n’a en fait plus vraiment d’influence au sein du mouvement [même s’il a été nommé coordinateur adjoint du mouvement NDLR]. Les joueurs étaient donc davantage des proches de Wenezoui que des anti-balaka.

Finalement, si ce match avait l’apparence d’une célébration de la réconciliation, lorsqu’on y regarde de plus près, il est surtout le symbole des divisions qui peuvent exister au sein des deux mouvements et des luttes de pouvoir pour la notoriété.

Abdel Kader Khalil, en bleu au milieu de la foule. Selon notre Observateur, les jeunes chantaient "Abdel Kader Khalil, homme de paix pour notre pays".

Les autorités centrafricaines ont tenté à plusieurs reprises d’organiser des matches de football pour célébrer la réconciliation. Un match ex-Séléka et anti-balaka était prévu fin avril mais avait été annulé pour des questions de sécurité. En mai dernier, trois jeunes musulmans qui se rendaient à une rencontre interconfessionnelles avaient été retrouvés mutilés, entraînant l’annulation du match.


Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.