Capture d'écran de la vidéo qui s'est révélée être extraite d'une fiction.

Sous le titre "Jeune héros syrien secourant une petite fille", la vidéo montrant un enfant portant secours à une fillette sous le feu des snipers avait enflammé les réseaux sociaux la semaine dernière. Problème : c’était une fiction, tournée par un réalisateur norvégien, qui avait volontairement laissé planer le doute sur la nature de son film.

Un cadrage vacillant, des commentaires en arrière plan, une ville en ruine, des tirs de sniper : la vidéo avait tout des images amateurs qui témoignent quotidiennement de l’horreur du conflit en Syrie. Mise en ligne lundi 10 novembre par ses producteurs, elle est vite devenue virale, visionnée plus de 6 millions de fois et largement relayée sur les réseaux sociaux.


En réalité, cette vidéo est extraite d’un court métrage de fiction, tourné à Malte cet été par un réalisateur norvégien, qui assure avoir voulu bien faire en la publiant, avec l’objectif de sensibiliser sur la place des enfants dans les conflits. "En publiant un clip qui peut apparaître comme authentique, nous espérions tirer parti d’un outil souvent utilisé en terrain de guerre : une vidéo qui se veut vraie. Nous voulions voir si le film allait attirer l’attention et susciter le débat, avant tout sur les enfants dans la guerre", a ainsi expliqué Lars Klevberg. Le making of est même disponible en ligne.


Ces révélations ont suscité nombre de réactions indignées, notamment de la part de l’ONG Human Rights Watch qui a estimé que le procédé "sape la confiance dans le travail de reportage professionnel et de collecte d'informations sur les crimes de guerre qui est fait avec sérieux et respect pour les faits", et permet "aux criminels de guerre de démentir plus facilement les images d'exactions".

Le producteur a présenté ses excuses. Sur la BBC, il a souligné par ailleurs que selon lui, le fait de voir un enfant "survivre à des coups de feu était supposé envoyer de petits indices montrant que la scène n’était pas réelle". Il s’est également dit "très content" d’avoir "créé un débat".

Mis en ligne il y a quelques semaines par les producteurs, le film n’avait pas particulièrement attiré l’attention. Mais reposté avec le mot "héros" dans le titre et envoyé par ses producteurs à différents comptes Twitter, il a été repéré par Shaam News, un média qui relaie de nombreuses vidéos amateur fiables, notamment du conflit syrien. Contactée par FRANCE 24, la semaine dernière la rédaction de Shaam News avait dit ne pas être sûre à 100% de la véracité de la vidéo, qu’elle avait pourtant publiée.