Capture d'écran d'une vidéo du challenge "#MousserContreEbola"

Mieux vaut prévenir que guérir : face au risque de propagation du virus Ebola en Côte d’Ivoire, une Abidjanaise veut sensibiliser ses concitoyens aux mesures d’hygiène avec une campagne vidéo. L’idée : détourner le phénomène viral "Ice Bucket Challenge", en se renversant un seau d’eau mousseuse sur la tête. Un exemple des initiatives citoyennes qui se multiplient dans le pays pour informer sur le virus.

Commencée le 18 août par Édith Brou, la campagne "Mousser contre Ebola" reprend l’idée du "Ice Bucket Challenge", une idée lancée en ligne aux États-Unis en juin par le champion de motocross Jeremy McGrath. Le principe : une personne doit se filmer en train de se faire verser un seau d’eau glacée sur la tête, puis désigner trois autres personnes qui devront en faire de même. Si elles s’exécutent, elles devront verser 10 dollars à l’ALS, une association de lutte contre la maladie neuro-dégénérative de Charcot. Si elles refusent, elles devront verser 100 dollars. De nombreuses stars se sont prêtées au jeu.

Dans la version proposée par Édith Brou, les personnes qui relèvent le défi s’engagent non pas à donner de l’argent, mais à distribuer une lotion hydro-alcoolique – qui permet de se désinfecter la peau – à chacune des trois personnes qu’elles désignent une fois le défi relevé. Et si l’une de ces personnes refuse, elle devra en distribuer neuf. Le challenge a pour l’instant été relevé par quelques Ivoiriens, qui se sont filmés en train de prendre cette douche particulière.



"C’est une version 'extrême' des mesures d’hygiène à prendre pour se prémunir d’Ebola"

Édith Brou est à l’origine du concept "Mousser Contre Ebola". Elle dirige une agence de communication digitale et est également journaliste et blogueuse.

Je sentais que le "Ice Bucket Challenge" serait repris en Côte d’Ivoire, et comme le virus Ebola est aux portes du pays, j’ai pensé qu’il serait plus utile de lancer une campagne sur le même principe, mais contre ce virus. Plutôt que de prendre de la glace, j’ai proposé de faire le défi avec de l’eau et de la mousse : dans sa campagne de prévention, le gouvernement explique que le fait d’avoir une très bonne hygiène est essentiel pour se prémunir. J’ai voulu proposer une version "extrême" de ces conseils avec un seau de mousse qu’on se renverserait sur tout le corps.

Bien sûr, il n’y a pas moyen de vérifier si les personnes qui relèvent le défi distribueront ensuite des lotions hydro-alcooliques. Pour ma part, je me suis prise en photo avec les personnes à qui j’ai distribué mes lotions, et j’ai posté les clichés en ligne, en espérant que ça incite les autres à faire de même.

Édith Brou, relevant le challenge "Mousser contre Ebola".

Il y a beau n’y avoir encore aucun cas avéré, il y a une psychose lancinante et croissante autour d’Ebola en Côte d’Ivoire. Les gens évitent au maximum les contacts physiques et font beaucoup plus attention à ce qu’ils mangent. Dans les églises, on ne prend plus d’hostie à la fin de la messe, on se contente de faire un signe de la main vers le prêtre. On sait que le virus va finir par arriver ici, la question est quand.
 

En parallèle de cette initiative, dans le même but de sensibilisation, le journaliste Israël Yoroba a écrit une chanson et tourné un clip posté en ligne en début de semaine. "J’ai repris les principales consignes données par le gouvernement et j’en ai fait des paroles, que j’ai réécrites en français accessibles à tout le monde", explique-t-il à France 24, précisant en outre que sa chanson est libre de droits pour permettre qu’elle soit diffusée largement.



Israel Yoroba précise également qu’il est en train de préparer un tract avec des schémas expliquant les gestes à faire pour se prémunir autant que possible du risque de contracter le virus. "Le gouvernement axe principalement sa campagne dans les médias et sur Internet. L’idée est de distribuer ces tracts au porte à porte, afin de sensibiliser les gens qui n’ont pas forcément accès à ces moyens d’information". Il cherche des financements pour imprimer un maximum de tracts et des volontaires pour les distribuer et informer la population.

Le gouvernement ivoirien multiplie de son côté les efforts pour informer les citoyens. Un site explique les gestes à faire pour se prémunir et mentionne un numéro vert à composer en cas de symptômes. Des SMS sont également adressés aux Ivoiriens pour les inciter à consulter le site.

Apparu en Guinée en mars, le virus Ebola s’est depuis répandu au Liberia et en Sierra Leone. L’Organisation mondiale de la santé avait recensé, au 18 août, 1 350 cas mortels, mais reconnaît que le chiffre pourrait en réalité être plus élevé.