Observateurs
Photo postée sur Twitter par PERCY #C4GΔNG.

Au Bénin, depuis le 2 août, les motards sont contraints de porter un casque, sous peine d’amende et de saisie de leur véhicule. Ainsi en ont décidé les autorités qui appliquent désormais à la lettre un décret vieux de 42 ans. Si cette mesure n’est pas du goût de tout le monde, certains ont trouvé la parade : casseroles, boîtes de conserve… Bref, les nombreux motards rivalisent d’imagination pour rester dans les clous. 

Le 17 janvier, le gouvernement béninois a lancé une campagne de sensibilisation intitulée "Vive la vie, dehors la mort sans casque" pour alerter la population sur les dangers de rouler à moto sans protection. Samedi dernier, le plan est entré dans sa phase répressive : les motocyclistes et les passagers contrevenants sont dorénavant systématiquement verbalisés par la police nationale. D’après cette dernière, contactée par FRANCE 24, "un défaut de port de casque entraîne une amende de 10 000 FCFA (15 euros) [le salaire moyen au Bénin s’élève à environ 50 euros mensuels, NDLR], ainsi que des frais de fourrière qui oscillent entre 1 000 FCFA (1,50 euros) pour les cylindrées de 50 cm3 et 1 500 FCFA (2,30 euros) pour les cylindrées supérieures."

Une politique qui s’accompagne déjà d’excellents résultats à en croire les forces de l’ordre : à Cotonou, 552 motos ont été saisies samedi, au premier jour de l'application de la politique répressive, 282 dimanche et 175 lundi.

Le ministère des Transports n’ayant pas encore statué sur l’homologation des casques, les motards ont recours à toutes sortes de protections, y compris les plus farfelues comme en témoignent les photos publiées sur Twitter ces derniers jours.

Photo postée sur Twitter par Abdelmich Hammadi.

Photo postée sur Twitter par Florian.

Photo postée postée sur la page Facebook de Voyage au Bénin.

"Cette répression fait le bonheur des vendeurs qui ont fait grimper les prix des casques dès le premier jour"

Hilaire Kodjoh est journaliste à Cotonou.

Pour la plupart des Béninois, cette réforme policière est très mal perçue. Beaucoup estiment qu’elle a été menée à la hussarde et que la campagne de sensibilisation a été trop molle : peu d’affichage, pas de spots publicitaires à la télévision… De plus, cette opération, principalement menée à Cotonou [elle l’est aussi à Abomey-Calavi, dans le sud du Bénin et sera prochainement étendue à d’autres villes du pays, NDLR], ne répond pas au contexte de cette ville, une capitale économique qui constitue un important lieu de passage. De nombreux étrangers viennent des pays voisins pour y faire du commerce et ont pour habitude de se déplacer sans casque car cela est autorisé chez eux. Vont-ils avoir le réflexe ou la volonté d’en enfiler un dès qu’ils auront franchi les frontières du Bénin ? J’en doute.

De plus, cette répression fait le bonheur des vendeurs, qui ont fait grimper les prix des casques dès le premier jour. Un propriétaire de moto doit désormais s’acquitter de 10 000 à 15 000 FCFA [15 à 23 euros, NDLR] pour en acquérir un contre à peine la moitié auparavant.

Du coup, faute de moyens, de nombreux taxi-motos [qui représentent le plus grand nombre de motards au Bénin, dont 150 000 à Cotonou, NDLR] mais aussi des motards lambdas arborent des casques pour le moins facétieux et qui, dans bien des cas, ne protègent de presque rien. D’autres les portent peut-être aussi pour exprimer leur désapprobation face à cette loi, d’autres encore pour amuser la galerie.

Au Bénin, les chiffres concernant les accidents des deux-roues motorisés sont alarmants : d’après une étude réalisée en 2011 [la dernière en date] par la Sécurité routière, lesdits engins ont été impliqués dans plus de la moitié des accidents de la route. Et dans deux tiers des cas, les personnes à bord ont trouvé la mort

Photo postée sur Facebook par Édouard Gbassi.

Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (
@gregoireremund), journaliste à France 24.