Le 1er aout, "jour des morts", les Congolais se rendent dans les cimetières pour fleurir les tombes des défunts. Notre Observateur s’est rendu à Gombe, le principal cimetière de Kinshasa. Ce qu’il y a vu l’a affligé.

Le cimetière de la Gombe est plein depuis 2009 et n’accepte plus de nouvelle tombe. Il est toutefois connu pour abriter la fête des sapeurs congolais, le 10 février, qui commémore la mort de Nyarkos, l'un des pères spirituels de la sapologie.

L'entrée du cimetière de la Gombe à Kinshasa, où de nombreux Congolais se sont pressés vendredi, jour de la fête des morts en RDC. Vidéo Jean-Pierre Kayembe.

"Retrouver la tombe d’un proche relève d’un miracle divin"

Notre Observateur à Kinshasa, Jean-Pierre Kayembe, n’a pas de proche enterré dans le cimetière de la Gombe. Mais curieux, il s’est rendu sur les lieux le "jour des morts".

Dès l’entrée, j’ai eu l’impression d’être dans un cimetière abandonné : il y a de la végétation partout, qui recouvre les tombes. S’il y a eu des allées, il faut maintenant bien les chercher ! Elles ont complètement disparu dans un chaos de croix et de pierres tombales. La plupart des tombes sont dans un état lamentable : certaines sont cassées, comme si on avait tapé dessus au marteau. On peut parfois distinguer le cercueil à l’intérieur ! J’ai même vu des gens tomber dans des trous.

Une tombe dans un état très délabré. Vidéo Jean-Pierre Kayembe.

Il n’y a pas de signalisation claire et retrouver la tombe d’un proche relève d’un miracle divin. J’ai vu des personnes errer de longues heures à la recherche d’une tombe, certains sont mêmes repartis les larmes aux yeux n’ayant pas pu retrouver l’endroit où avait été enterré leur parent. D’autres posaient des fleurs ou débroussaillaient autour d’une tombe sans même être sûrs qu’il s’agissait de la bonne !

Les passants doivent se frayer un chemin à travers la végétation luxuriante. Vidéo Jean-Pierre Kayembe.

Il n’est pas vraiment dans la culture congolaise de se rendre fréquemment au cimetière pour fleurir les tombes. En général, on s’y rend le jour de l’anniversaire de la mort des proches et le 1er aout pour la fête des morts. Il y a aussi une raison financière : les gardiens surveillent les visiteurs et toute intervention sur une tombe se monnaye. Si vous voulez un renseignement pour retrouver une tombe, il faut vous rendre au bureau central du cimetière et verser un pot-de-vin au gardien pour qu’il consulte le registre ! On appelle ça "le service".

"1000 francs CFA pour ajouter un nom sur une tombe"
 
Vendredi, une jeune fille, qui avait retrouvé la tombe de sa mère après de longues heures de recherche, a voulu inscrire son nom à la peinture sur la pierre. Elle a du payer 1000 francs CFA (environ 1 euro) au gardien, qui l’a fait à sa place. Je trouve ça choquant de payer pour ce genre de service, surtout à des gens qui sont déjà payés par l’État !

Après avoir reçu 1000 francs CFA de la part d'une habitante dont la mère est enterré dans le cimetière, un gardien écrit à la peinture le nom de la défunte sur la tombe. Vidéo Jean-Pierre Kayembe.

Ça me fait mal au cœur de voir un cimetière historique de Kinshasa, où de nombreuses personnalités politiques et artistiques sont enterrées, dans un état déplorable et géré de la sorte. Les gens viennent pour faire leur deuil et commémorer les morts, et ils doivent payer et encore payer s’ils veulent le faire convenablement ! Ce n’est pas acceptable.


Contacté par France 24, le chef de division de l'intérieur responsable de la gestion du cimetière, Mathieu Mafuanikisa, était "indisponible" pour répondre à nos questions. Nous publierons sa réponse si celle-ci nous parvient.

Déjà en 2008
, il expliquait qu’il s’agissait d’un "problème épineux dû aux nombreuses incivilités et menaces envers des agents, qui manquent d’outils pour rendre le cimetière propre".

Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.