Un groupe d’Israéliens qui assistent aux bombardements de Tsahal sur la bande Gaza du haut d’une colline, bien installés, popcorn à la main. La photo avait de quoi choquer.
 
Elle a été prise par le journaliste danois, Allan Sørensen, dans la ville israélienne de Sdérot,  située à 2 km de la bande de Gaza et cible privilégiée des tirs de roquettes du Hamas. Pris de nuit, légèrement flou, le cliché en dit pourtant beaucoup, selon lui, sur l’état d’esprit qui prévaut en ce moment dans la région. On y voit des habitants, installés sur une colline transformer en belvédère pour suivre les bombardements de l’armée israélienne sur la bande de Gaza.  Au premier plan, une jeune femme fait un clin d'oeil. Des chaises ont été apportées pour l’occasion et même de quoi se sustenter pendant ce qui s’apparente à un spectacle.


"Le cinéma de Sdérot. Des Israéliens apportent des chaises sur les hauteurs de la ville pour voir ce qui se passe à Gaza. Applaudissent quand les explosions retentissent." La photo a été retweetée près de 6 000 fois et parmi les réactions, c’est l’indignation qui domine.

"Je n’ai pas vu jusque-là une absence d’empathie aussi forte"

En tant que journaliste, je cherchais un endroit d’où je pouvais avoir une vue d’ensemble sur les frappes israéliennes sur Gaza, afin de mieux comprendre ce qu’il se passait. Ce soir-là, c’était vraiment intense et comme j’avais entendu parler de cette colline, je m’y suis rendu. En m’approchant, j’ai été étonné de voir que beaucoup de voitures étaient garées en amont du promontoire. Une fois en haut, j’ai constaté qu’il y avait déjà une soixantaine de personnes installées. C’était vraiment décalé de les voir détendus sur leurs chaises pliantes. Certains fumaient le narguilé, d’autres grignotaient des popcorns comme dans un cinéma de plein air.

Il y avait des personnes de 60-70 ans mais aussi des adolescents. En revanche, je n’ai pas vu d’enfants, je pense que c’est lié au fait que la zone n’est pas sécurisée. Quelques jours avant une roquette avait touché le bas de la colline qui est à portée de tirs [du Hamas, ndlr].
 
"Des réactions similaires ont été observées du côté palestinien"

Pour moi, cette attitude ne relève pas de la provocation. Les gens qui étaient là ne voyaient sincèrement pas quel était le problème. Et c’est exactement pour ça que j’ai pris cette photo. Elle allait dans le sens de ce que je remarque depuis environ trois semaines, c'est-à-dire depuis l'enlèvement des Israéliens et le meurtre du jeune Palestinien qui a suivi. Dans les deux camps, il y a une absence d’empathie que je n’ai jamais vue aussi forte. Comment peut-on réagir de cette manière alors que ce même jour des enfants gazaouis sont morts sous les bombes ? Et à ceux qui me reprochent de n’avoir montré qu’un camp avec cette photo, je réponds que des réactions similaires ont été observées du côté palestinien. Je pense notamment à ceux qui se sont réjouis des trois kidnappings via le signe trois [des images avaient été postées sur des sites pro-palestiniens, ndlr].
 
Photo de Sderot postée par le journaliste Albert Elfa qui explique que ces deux hommes s'apprêtent à regarder tomber les bombes.