Des prisonniers sortant de la prison de Badoush, la plus grande de Mossoul. Photo publiée sur Twitter.
 
Après quatre jours de combats, Mossoul, l'une des plus grandes villes d'Irak, est tombée aux mains des combattants djihadistes de l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL). À leur entrée dans la ville, les combattants de l'EIIL ont libéré les détenus des trois prisons de la ville, qu'on estime à plus de 7000, dont ceux de Badoush, deuxième prison du pays.
 
On pensait Samarra, au nord de Bagdad, menacée par l'EIIL après les attaques perpétrées sur la ville jeudi. Mais c'est finalement Mossoul, à 350 km de la capitale, qui est désormais sous le contrôle des djihadistes. Aucun bilan officiel des victimes n'a été communiqué.
 
Lors d'une allocution devant le parlement, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a décrété l'état d'urgence dans tout le pays. Il a également exhorté l'ONU, l'Union Européenne et la Ligue Arabe à venir en aide à l'Irak dans sa guerre contre le terrorisme.
 
Mossoul n'est pas la première ville d'Irak où l'EIIL est passé à l'offensive. Depuis fin 2013, la région d'al-Anbar, dans l'ouest du pays, non loin de la frontière syrienne, est le théâtre d'affrontements entre l'armée irakienne et des combattants du groupe extrémiste implantés dans la région.

Vidéo filmée à Mossoul, après la prise de la ville par l'EIIL.

"Pour libérer les prisonniers, l'EIIL n'a même pas eu à se battre"

Talal est journaliste indépendant à Mossoul.
 
Le sort de Mossoul a été scellé lorsque l'EIIL a réussi à prendre le contrôle de l'est de la ville, lundi 9 juin. Après quoi, plusieurs chefs de l'armée et de la police militaire locale ont déserté leurs postes, de même que le préfet. Dans la nuit de lundi à mardi, peu avant minuit, les forces de sécurité leur ont emboîté le pas. Ils ont abandonné leurs uniformes et leurs armes et, se faisant passer pour des civils, ils ont fui la ville.
 
À partir de ce moment-là, prendre le contrôle de la partie ouest de la ville n'a plus été qu'un jeu d'enfants pour l'EIIL. Ce mardi, dès l'aube, les trois prisons de la ville ont été ouvertes par les combattants sans même qu'il y ait eu de combats. Il leur a suffi d’ouvrir les portes. Il y a maintenant des milliers de prisonniers qui se promènent librement dans la rue. Les habitants, eux, fuient par dizaines de milliers vers le Kurdistan voisin. Ils ont peur que Mossoul connaisse le même sort que Fallouja , c'est-à-dire que l'armée irakienne envoie ses avions bombarder la ville.

"Le chaos et la récupération des lieux de pouvoir, voilà la double stratégie de l'EIIL à Mossoul"

Ali al-Mousawi est journaliste pour la chaîne al-Baghdadiya à Bagdad.
 
En s'attaquant aux prisons de Mossoul, l'EIIL veut faire d'une pierre deux coups : libérer ses combattants, qui sont légion dans ces prisons, mais aussi provoquer le chaos pour que la ville soit complètement hors du contrôle des autorités, même si, comme à Samarra, les djihadistes partent.
 
Ces prisons sont également des institutions de l'État et, par conséquent, elles sont la cible de l'EIIL, qui cherche à mettre la main, d'une manière ou d'une autre, sur tous les lieux qui représentent les autorités. Ainsi, chaque fonctionnaire de l'État risque sa vie aujourd'hui à Mossoul car il est considéré par l'EIIL comme quelqu'un qui collabore avec l'ennemi. Cela explique en partie le mouvement d'exode.
 
Les combattants de ce groupe contrôlent aujourd'hui l'aéroport de la ville, tous les commissariats, ils sont présents dans le bâtiment de la préfecture et ont récupéré les armes et tout le matériel laissé par les forces de sécurité. Et ils ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin, dans cette région majoritairement sunnite et où, par conséquent, ils trouveront des alliés contre le gouvernement chiite central.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.