Observateurs
Détail de la photo prise dans la Maison des Syndicats d'Odessa. Floutée par FRANCE 24.
 
LA PHOTO EST VISIBLE À LA FIN DU BILLET - ATTENTION ELLE PEUT CHOQUER
 
La photo d’une femme apparemment enceinte, étendue morte sur un bureau, fait l’objet de toutes les interprétations sur les réseaux sociaux. Des Internautes affirment que, contrairement à la version officielle, cette Ukrainienne aurait été étranglée lors de l’incursion d’ultranationalistes pro-Kiev dans un bâtiment public d’Odessa. L’équipe des Observateurs a enquêté sur cette photo qui cristallise les propagandes des différents acteurs de la crise ukrainienne. 
 
Le 2 mai, des affrontements ont éclaté entre ultranationalistes ukrainiens et séparatistes pro-russes à Odessa, ville largement russophone du sud du pays. Alors que les pro-russes s’étaient réfugiés dans la Maison des Syndicats, le bâtiment a été pris d’assaut par des ultranationalistes. Des tirs à balles réelles ont été échangés et des cocktails Molotov ont été lancés des deux côtés, provoquant un incendie dans le bâtiment. Au moins 40 personnes ont péri dans les flammes, majoritairement des activistes pro-russes qui auraient été asphyxiés, expliquent les autorités ukrainiennes. 
 
Après le drame, plusieurs photos de cadavres prises dans le bâtiment ont été postées sur les réseaux sociaux. La plupart sont calcinés. Le lendemain du drame, l’image du corps sans vie de cette femme était relayée, notamment par des internautes pro-russes.
 
En France, des sites de la gauche radicale mais aussi de l’extrême droite la repostent depuis plusieurs jours. La photo y est présentée comme la preuve que, parmi les victimes du drame du 2 mai, certaines ont été assassinées de sang froid et ne sont donc pas mortes d’intoxication. Certains avanceront jusqu’à que cette femme a été étranglée avec le fil électrique visible sur le bureau. Tous s’indignent du fait que la victime était enceinte.
 
Une photo prise le lendemain du drame à la Maison des Syndicats
 
La photo a été prise par une femme qui se présente sous le nom d’"Alena". Elle déclare s’être rendue sur les lieux le lendemain du drame pour y chercher un de ses proches disparu. La photo a d’abord été publiée le 3 mai dans un album Facebook retraçant sa visite à l’intérieur du bâtiment.  Alena l’a ensuite repostée sur sa page le 7 mai. Elle y explique que, devant les nombreuses réactions qu’il a suscitées, elle voulait clarifier les informations circulant à propos de son cliché. Elle assure regretter ne pas avoir eu la force de prendre la photo sous différents angles pour pouvoir faire avancer l’enquête et précise que cette photo a été prise au 4e étage du bâtiment.
 
La victime n’était pas enceinte
 
Dans le même post, Alena affirme que la femme était plutôt âgée et doute par conséquent qu’elle ait pu être enceinte, contrairement aux informations relayées sur les réseaux sociaux. Sur la photo, cette femme semble effectivement avoir au moins la cinquantaine.
 
En parallèle, des journalistes ont enquêté auprès de l’hôpital ayant pris en charge les victimes et auprès de la morgue. Les autorités médicales sont catégoriques, aucune femme enceinte n’a été signalée parmi les victimes. Une information confirmée par les autorités ukrainiennes. 
 
Un de nos contacts affirme par ailleurs avoir conversé par mail avec un proche de la victime. Cette source affirme que la victime n’avait  "rien à voir avec les séparatistes" et était une simple employée de la Maison des syndicats.
 
Une mort par intoxication "peu probable"
 
Les rapports médicaux concluent que la plupart des victimes sont mortes des causes de l’incendie. Toutefois, comme le note plusieurs Internautes, la position de la victime sur cette image semble étrange. Nous l’avons montrée à un médecin légiste, voici sa réaction :
 
"On ne peut totalement exclure la possibilité d’une intoxication, toutefois, la position du corps ne correspond pas à  ce qu’on attendrait dans le cas d’une perte de conscience brutale. On s’attendrait davantage à trouver quelqu’un allongé à terre. Cette position arc-boutée, les fesses sur le bureau laisse penser qu’un tiers est intervenu. L’absence de traces d’incendie dans la pièce n’est bien sûr pas en faveur de l’intoxication mais on ne peut pas complètement exclure l’émission de gaz toxiques car on ne sait pas quand la fenêtre a été ouverte."  La strangulation, comme le décès à la suite d'un coup sur la tête, sont deux options possibles ajoute le médecin.
 
Des exécutions de sang froid à l’intérieur du bâtiment ?
 
 
Il est difficile de dire ce qu’il s’est réellement passé lors dans le bâtiment pris d’assaut, tant la situation y était confuse. Toutefois, plusieurs témoins, cités par les médias russes, affirment que des personnes ont été "étranglées et battues avec des battes" à l’intérieur même du bâtiment. Ils accusent des radicaux nationalistes pro-Kiev. Ces témoignages sont pour l’instant invérifiables. Cette version est relayée par des Internautes qui l’appuient par la vidéo ci-dessous, où l’on entend (à 0’23), le cri strident d’une femme, puis où l’on voit ensuite (à 2’10), un drapeau ukrainien agité à la fenêtre du bâtiment. Ces images ont été présentées comme la preuve que des activistes ukrainiens ont pénétré dans le bâtiment et y ont commis des violences. Pour d’autres Internautes, il pourrait cependant s’agir d’une manipulation pour accuser les ultranationalistes.
 
 
La police ukrainienne a ouvert une enquête sur le drame d’Odessa. Mais beaucoup d’indices ont déjà disparu car le bâtiment est resté accessible au public juste après le drame. Une fermeture aurait créé l’émeute, expliquent les autorités policières.  
 
En attendant, au niveau diplomatique, on se renvoie la responsabilité de ce carnage. Pour Kiev, les violences ont été provoquées par des paramilitaires soutenus pas Moscou et venus de Transnistrie, région sécessionniste russophone de Moldavie voisine d’Odessa. Le Kremlin affirme pour sa part que la "junte" au pouvoir à Kiev et ses alliés occidentaux sont responsables de ces morts.  
 
Les incidents du 2 mai, d’une extrême gravité puisque 40 personnes y ont péri, n’ont toujours pas été tirés au clair par les autorités ukrainiennes. Un manque d’information qui explique le déchaînement de rumeurs sur l’"étranglée d’Odessa", devenue le symbole pour les pro-russes de la partialité de l’occident dans la crise ukrainienne.
 
Photo originellement
postée ici.