Des villageois recouvrent le corps d'une victime du glissement de terrain.
 
Moins d’une semaine après qu’un glissement de terrain a englouti une partie d’un village des montagnes du nord-est afghan, des voix s’élèvent contre la gestion de cette catastrophe par les autorités. Des photos officielles tout sourire sur les lieux du drame, au passage éclair des équipes des secours, notre Observateur juge la réponse au drame inadaptée.
 
Provoqué par de très fortes pluies, le premier glissement de terrain a enseveli le 2 mai une partie du village d’Aab Bareek dans la province de Badakhshan. Près de 600 habitants des villages alentours se sont alors précipités sur les lieux pour dégager les victimes emportées par la boue. C’est alors qu’une deuxième vague de boue a dévalé la montagne. Les autorités n’ont donné aucun bilan précis des victimes et estiment qu’il pourrait se situer entre 250 et 2700.
  
Samedi, moins de 24 heures après la catastrophe, le gouvernement a annoncé qu’il interrompait ses opérations de recherches au motif qu’il manquait d’équipement adéquat. Des représentants des autorités se sont alors rassemblés à proximité des lieux du drame pour une prière funéraire. Le lendemain, le village a été officiellement déclaré "fosse commune", les autorités considérant qu’il n’y avait plus de survivant.
 
Mais les villageois ont immédiatement exprimé leur indignation, se disant "insultés" par la rapidité avec laquelle les autorités ont mis un terme aux recherches. Des bénévoles ont donc décidé de prendre le relais et se sont remis à creuser, certains à l’aide de pelles, d’autres avec des machines prêtées par des entrepreneurs locaux tandis que des organisations et des particuliers ont lancé des appels aux dons. La vidéo amateur ci-dessous est présentée comme le sauvetage d’un jeune garçon après le départ des équipes de secours officielles.
 
Sur la vidéo, un homme explique que le garçon a été retrouvé en vie après que des machines prêtées par des locaux ont soulevé les décombres. Il est précisé que la scène a eu lieu après que les autorités ont déclaré qu’il n’y avait plus de survivant.
 
La réaction du gouvernement a été largement critiquée par les Afghans sur les réseaux sociaux. Si bien qu’un responsable du département en charge de la gestion des catastrophes naturelles s’est défendu via les médias locaux, arguant que des villageois avaient expressément demandé l’arrêt des recherches afin que les corps des femmes ne soient pas exposés au vu de tous.
 
Le village a moitié recouvert de boue.

“Plutôt que d’aller à la recherche des personnes ensevelies, ils ont préféré prier pour eux”

Mossadeq Parsa est un des directeurs de la fondation Bahawi, une organisation caritative fondée par un champion afghan de taekwondo. La fondation a lancé un appel aux dons pour aider les victimes de Aab Bareek.
  
Dire que l’abandon des recherches est dû au manque de matériel est tout bonnement ridicule. D’autant que l’Afghanistan a des alliés particulièrement puissants sur son sol. Quel pays abandonnerait les recherches le lendemain de la catastrophe ?
 
Ce qui a particulièrement alimenté cette colère, ce sont aussi les photos de la délégation officielle envoyée sur place. Plutôt que d’aller à la recherche des personnes ensevelies, les responsables ont préféré organisé une prière pour eux. Des personnalités de premier plan, comme l’un des conseillers du président Karzaï, le ministre des Finances et le ministre des Travaux publics ont ensuite posé pour une photo de groupe à côté des lieux du drame. Et sur le cliché, le ministre des Travaux publics, Najibullah Auodjan, apparaît tout sourire !
  
La photo qui a mis en colère notre Observateur.
 
On nous dit que 700 familles n'ont plus de toit, manquent de nourriture, de soins. [La plupart vivent dans des tentes distribuées par les forces de la coalition]. Mais ça fait chaud au cœur de voir que, même dans un pays meurtri par les attentats suicides et les attaques, des gens pauvres donnent le peu qu’ils ont pour les survivants. C’est la première fois que des réseaux sociaux comme Facebook sont utilisés pour collecter de l’argent. Même du côté iranien de la frontière des gens ont pu contribuer. Ma fondation a rassemblé 20 000 dollars [14 300 euros]. C’est un bon début, mais il en faudra davantage car toute la vie de ces gens est à reconstruire.
 
Le gouvernement afghan a toutefois envoyé des biens de première nécessité. Le président Hamid Karzaï s’est rendu dans le village mercredi et s’est engagé à faire reconstruire des logements pour les sinistrés.
 
Une caisse commune pour effectuer des dons aux victimes afghanes.
 
Une autre caisse commune dans une autre ville.
 
Certaines personnent ont donné du liquide, d'autres des bijoux.
 
Des vêtements et des draps ont également été donnés aux victimes.
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.