Deux équipes centrafricaines de Bangui s'affrontent le 9 juillet 2013. Un des derniers matchs officiels organisés dans le palais omnisport de la capitale. Photos Hervé Serefio Diaspora.
 
En Centrafrique, le sport n’a pas été épargné par la guerre. En première ligne, le basket, dont le championnat est suspendu depuis décembre 2013 pour des raisons de sécurité mais aussi de manque d’infrastructures. Un coup de frein à ce sport extrêmement populaire dans le pays.
 
Le basket-ball est le sport roi en Centrafrique pour des raisons historiques : depuis l’indépendance du pays en 1960, l’équipe nationale centrafricaine a été deux fois championne d’Afrique (1974 et 1987) et s’est même hissée en 1988 à la dixième place aux Jeux olympiques de Séoul. La capitale, Bangui, est le centre névralgique du basket centrafricain avec quatorze clubs masculins et six féminins. Certains de ces clubs, comme le Red Star ou le Hit Tresor, ont dominé le basket africain au début des années 1970. La Fédération compterait actuellement près de 1 200 licenciés à travers le pays ce qui en fait le sport le plus pratiqué en Centrafrique.
 
Le gymnase de 3000 places faisait souvent salle comble lors de matchs du championnat.
 
En décembre 2013, lorsque les violences éclatent à Bangui entre les anti-balaka, milices rurales à majorité chrétienne, et les Séléka, rebelles musulmans alors au pouvoir, plusieurs infrastructures sportives sont pillées. L’un de ces gymnases, le palais omnisport, lieu historique où Jean-Bedel Bokassa s’était autoproclamé empereur, est alors occupé par des membres de la Séléka et sa toiture est partiellement détruite lors de combats. Plus d’un an après, elle n’a toujours pas été réparée, faute de moyens.
 
Photo prise la semaine dernière par Hervé Serefio. Une partie du gymnase est inondée à cause des trous dans le plafond.

"Si rien n’est fait, le terrain du palais omnisport sera bientôt totalement inutilisable"

Jules Alban (pseudonyme) est un éducateur sportif qui s’occupe de basketteurs professionnels mais aussi d’équipes de jeunes à Bangui.
 
On est très inquiets de voir que le plus grand gymnase de Bangui, qui accueille généralement les grandes compétitions de basket, est dans un état de délabrement avancé, alors qu’il avait été rénové durant l’été 2012 [sous la présidence de François Bozizé, NDLR]. Beaucoup de matériel dont les ballons, les plots ou encore les chasubles, ont été pillés. Il y a plusieurs trous dans le toit, et régulièrement, des bouts de tôles continuent de s’envoler à cause du vent.
 
Lorsqu’il fait beau, il est possible de s’entraîner dans le gymnase. Mais avec la saison des pluies qui a commencé [de mars et à juin, NDLR] il pleut régulièrement dans la salle. Avant-hier encore, j’ai dû annuler un entraînement, car une partie du terrain était inondée. Si rien n’est fait, le parquet du terrain de basket sera bientôt totalement inutilisable.
 
Distribution de ballons organisée par la Fédération de basket en juillet 2013. Selon des éducateurs, ces ballons ont été volés lors des événements de décembre.
 
L’état des infrastructures n’est pas le seul problème : avant la bataille de Bangui en décembre 2013, j’avais créé une équipe de basket pour les jeunes filles. J’avais 85 joueuses régulières, tout âge confondu. Aujourd’hui, j’arrive difficilement à en réunir une vingtaine. Les parents hésitent à laisser sortir leurs enfants pour venir s’entraîner car les endroits où nous nous retrouvons sont situés près de camps de cantonnement de la Séléka. On passe à côté d’une génération de potentiels joueurs, c’est un vrai problème pour le développement du basket dans notre pays.
 
Depuis décembre 2013, aucun travaux n'a été entrepris pour réparer le toit.

"Comme nous manquons de terrains sûrs, on réunit des basketteurs d’équipes adverse pour les entraînements"

L’insécurité ne touche pas seulement les jeunes équipes. Wilfried Pollagba est un joueur senior du club Hit Trésor de Bangui.
 
Nos derniers matches remontent à juillet 2013. Depuis, aucun entraînement officiel n’a pu avoir lieu. Certains de mes coéquipiers ont complètement arrêté de pratiquer : ils trouvent que c’est dangereux de s’entraîner le soir, après le travail comme on le fait habituellement, car c’est à la tombée de la nuit que les risques sont les plus grands.
 
Pour réussir à nous entraîner, on réunit des basketteurs d’équipes adverses, comme le FC Mazanga et Red Star. Leurs terrains sont situés dans le quartier du KM5 [théâtre de nombreux affrontements, NDLR] et s’y rendre n’est pas sûr. On essaie de trouver d’autres endroits, si possible éclairés. Nous ne savons toujours pas quand reprendra le championnat. C’est dommage, parce que le basket aurait pu être le ciment pour unir les Banguissois et repartir de l’avant.
 
Avant de partir à l'Afrobasket, l'équipe de Centrafrique avait organisé un match au palais omnisport en juin.
 
Pour l’heure, la date de reprise du championnat et la réparation des infrastructures endommagées n’ont toujours pas été fixées par la Fédération. Contactés par FRANCE 24, plusieurs présidents de clubs de basket de Bangui expliquent l’absence de décisions par des désaccords avec une partie de l’équipe en place à la Fédération : certains évoquent des irrégularités dans les dépenses réalisées durant le dernier Afrobasket [la coupe d’Afrique des Nations de basket, ndlr], d’autres l’échec de la candidature de la Centrafrique pour l’organisation de l’Afrobasket 2015, finalement attribuée à la Tunisie. Une assemblée générale doit avoir lieu le 17 mai pour statuer ou pas sur la reprise du championnat.
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.