Un djihadiste dans l'église arménienne du village de Kassab à la frontière avec la Turquie. 
 
Samedi 22 mars, le village de Kassab et le passage frontalier avec la Turquie ont essuyé une offensive des factions rebelles djihadistes. Les habitants chrétiens arméniens et les alaouites ont commencé à quitter leur village dès les premiers accrochages. Aujourd’hui, Kassab est vidé de sa population. La plupart a trouvé refuge à Lattaquié, bastion du régime, d’où témoigne notre Observateur.
 
Kassab est l’unique village arménien de la région, il se situe à l’extrême nord-ouest syrien à la frontière avec la Turquie. Ces familles arméniennes chrétiennes sont venues s’installer dans la région en 1915 pour fuir la politique génocidaire de l’Empire Ottoman. Le village accueillait aussi une minorité chiite alaouite.
 
La population "a commencé à faire ses bagages dès les premiers coups de feu" à l’aube du samedi 22 mars, premier jour de l’offensive, a expliqué à FRANCE 24 un commandant rebelle ayant pris part aux combats. Il ajoute que "la population arménienne n’est pas visée et que ses biens et avoirs seront préservés". Des vidéos sur lesquelles on voit des combattants aider des habitants à quitter leur village ont été postées sur les réseaux sociaux par des chaînes proche de l’opposition :
 
 
Abdallah Mhesne, un prédicateur saoudien, qui accompagne différentes factions rebelles dans le nord syrien et présent actuellement dans les environs de Kassab, a toutefois expliqué sur son compte Twitter (ci-dessous) être "rentré avec les frères dans une maison de chrétiens [à Kassab]. Ils n’ont rien touché…mais les croix, les bouteilles de vins et la viande de cochon ont été détruits".
 

"Sur les quatre derniers jours on a reçu plus de 900 familles"

Témoignage anonyme d’un administrateur de Lattakia News Network, une plateforme Facebook proche du régime syrien.
 
Les familles sont arrivées à Lattaquié par grappes depuis les villages de Kassab et al-Samra [situés dans les hauteurs de Lattaquié], dès samedi matin. J’étais moi-même présent pour l’accueil de la première vague qui était composée d’environ 500 personnes, avec une majorité de femmes et d’enfants. Sur les quatre derniers jours, on a reçu plus de 900 familles, mais je n’ai pas le nombre exact de déplacés car beaucoup sont allés directement dans leurs familles ou chez des connaissances en ville.
 
Les déplacés sont arrivés avec leurs voitures, d’autres en bus. Beaucoup sont arrivés grâce à l’aide des habitants des villages épargnés par les combats sur la route de Kassab. Les locaux se sont mobilisés pour rejoindre la route de Cheikh Hassan [entre Kassab et Lattaquié] dans le but d’aider ceux qui n’avaient pas de moyens de transport. Il y a eu deux points de regroupement principaux sur la route vers Lattaquié à el-Bassit et el-Nabe’in.
 

 
De leur côté, l’armée régulière et les unités de défense nationale [milices pro-gouvernementales] ont veillé à protéger les convois, mais elles ont été visées par des tirs de snipers sur une bonne partie du trajet. Heureusement personne n’a été touché.
 
Cette fois-ci on était prêts à accueillir un nombre important de déplacés, vu la malheureuse expérience qu’on a eu l’été dernier avec les déplacés des villages [alaouites] de la région de Lattaquié. Le dispositif est maintenant au point, sauf qu’à la différence de l’été dernier, les déplacés ont été accueillis dans des locaux du Patriarcat arménien de Lattaquié. [ En août 2013, les déplacés avaient été logés dans des bâtiments publics].
 
On était plusieurs à donner un coup de main. Avec des bénévoles et des membres d’associations locales, on a assisté le Croissant rouge syrien, qui a fait le gros du travail, et bien sûr les responsables des églises orthodoxes et arméniennes de Lattaquié. Néanmoins, les mesures entreprises sont des mesures "d’urgence", donc prévues pour quelques jours seulement.
 
Cet article a été rédigé par Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France 24.