Le mur sur la corniche ouest de Dakar destiné à abriter la future ambassade de Turquie. Photo postée par notre observateur Cheikh Fall.
 
Depuis qu’un mur, derrière lequel doit être construite la future ambassade de Turquie, a été érigé sur la corniche ouest de Dakar, de nombreux habitants de la capitale sénégalaise n’ont de cesse de manifester leur désapprobation à travers les réseaux sociaux. Pour notre Observateur, ce projet dégrade un peu plus un paysage, déjà souillé par la présence de nombreux complexes hôteliers.
 
Pour marquer leur opposition à ce projet de construction, des citoyens dakarois ont lancé une pétition sur Internet qui à ce jour a recueilli plus de 1 500 signatures, tandis que sur Twitter et YouTube, la résistance s’organise.
 
Dimanche 23 mars, les collectifs "Corniche Ouest" et "Jeunesse Dakarêveuse" prévoient d’organiser une marche pacifique à l’endroit où est construit le mur. Un rendez-vous qu’ils comptent perpétuer tant que leur requête n’est pas entendue.
 
"Le mur de la honte" sur la corniche ouest à Dakar, Sénégal. Vidéo postée sur YouTube par notre Observateur Cheikh Fall.

"Aujourd’hui, il ne reste que 300 mètres de plages accessibles à Dakar"

Cheikh Fall est cyber-activiste, blogueur et initiateur du projet Web social-démocratie Sunu2012. Il s’oppose fermement à la construction de l’ambassade de Turquie sur la corniche et fait partie des chefs de file de la contestation. Il réside à Dakar.
 
Les travaux ont démarré il y a trois semaines. Au départ, j’ai naïvement cru que de nouvelles infrastructures sportives allaient voir le jour, mais quand les ouvriers m’ont dit que ce mur allait héberger l’ambassade de Turquie, mon sang n’a fait qu’un tour. À Dakar, la corniche ouest a été complètement prise d’assaut par les hôtels et autres villas de luxe ces dernières années. Aujourd’hui, il ne reste que 300 mètres de plages accessibles au public. [En 2011, Omar Diagne, un élu local, nous alertait sur le danger des innombrables constructions sur la corniche : "Si on laisse faire, il n'y aura bientôt plus aucune plage accessible pour les Dakarois !", NDLR] Ce bâtiment qui fera plusieurs centaines de mètres carrés va ravager un peu plus le littoral et gâcher la vue des promeneurs et des riverains. Déjà aujourd’hui, cet espace est inaccessible au public du mur jusqu’à la mer. Les gens ne peuvent donc plus s’y baigner. Dakar compte très peu d’espaces verts ; à la base le littoral est le poumon de notre ville.
 
Cette partie de la corniche est très fréquentée par les amoureux et les familles qui viennent profiter d’un air moins pollué que celui du centre-ville de Dakar. Les sportifs ont également l’habitude de s’y retrouver pour courir ou faire de la musculation. Mais c'est désormais réquisitionné. La ville ne manque pourtant pas d’espace, sans compter que la Turquie possédait déjà une ambassade à Dakar [elle est située avenue des Ambassadeurs, NDLR].
 
Pour l’heure, nous communiquons notre colère de manière virale, nous utilisons beaucoup les réseaux sociaux pour alerter l’opinion publique et les autorités politiques sur l’impact que ce projet aurait sur le quotidien des Dakarois. Récemment, nous avons posté sur Twitter le courrier électronique de l’ambassade de Turquie à Dakar pour que les internautes puissent faire part directement au gouvernement turc de leurs inquiétudes.
 
Contactée par FRANCE 24, la mairie de Dakar a précisé que c’est l’État qui a octroyé aux autorités turques le permis de construire. "Khalifa Sall [le maire de Dakar, NDLR] souhaiterait que les travaux s’arrêtent au nom de la protection du littoral et parce que cette partie de la corniche est une propriété publique qui profite à de nombreux Dakarois. Mais le maire n’ayant pas les prérogatives pour s’opposer à ce projet encourage vivement la population à le faire de manière pacifique et légale car elle est la seule à pouvoir faire reculer le gouvernement."
 
Jeudi 19 mars, lors du conseil municipal à la mairie de Dakar. Derrière le maire Khalifa Sall, un opposant au projet de construction sur la corniche ouest de Dakar. Photo postée sur Facebook par Mandiaye Badji.
 
Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à FRANCE 24.