De la pierre blanche vendue sur le marché de Mokolo à Yaoundé.
 
Les vertus cosmétiques de la pierre d’alun sont connues dans le monde entier. En raison de ses propriétés astringentes, elle est utilisée dans la fabrication de déodorants ou encore d’après-rasage. Mais au Cameroun, comme dans plusieurs pays africains, si la "pierre blanche" est particulièrement prisée, c’est parce que, selon la croyance traditionnelle, elle pourrait rendre aux femmes leur virginité.
 
La pierre d’alun se trouve un peu partout sur les étales des marchés camerounais, de la capitale aux régions les plus reculées. Elle se vend au détail à partir de 100 francs CFA soit 15 centimes d’euros, le kilo étant à 1500 francs CFA, soit 2,20 euros.

"La pierre est utilisée dans les milieux traditionnels mais aussi par des prostituées"

Ndangue Liliane Josiane Rose est l'une de nos Observatrices à Yaoundé. Étudiante en journalisme, elle a enquêté sur l’utilisation de la "pierre blanche".
 
La pierre a différents noms en fonction des régions. À l’ouest, on l’appelle "wothi", tandis que sur le littoral camerounais, on l’appelle "loba", ce qui signifie "tonnerre de dieu". Les femmes la réduisent en poudre et mélangent le tout avec de l’eau, parfois elles rajoutent du jus de citron ou encore du miel. Ensuite, elle font leur toilette intime avec car la composition de la pierre est bactéricide. Mais le mélange provoque aussi un resserrement momentané des tissus du vagin qui peut donner une apparence de virginité aux femmes qui ont déjà eu des rapports sexuels.
 
C’est essentiellement dans les régions du nord du pays, à partir de l’Adamoua, ainsi que dans certaines zones du Nigeria voisin qu’elle est utilisée pour simuler la virginité. La pratique est répandue chez le peuple haoussa par exemple. Dans les provinces à majorité musulmane, la tradition qui veut que les femmes arrivent vierges au mariage est extrêmement forte. Si la nouvelle épouse n’est pas vierge, elle risque d’être répudiée par son mari qui voit ça comme une humiliation et les autres femmes de la famille aussi seront mal vues.
 
Dans les autres régions, la pierre est aussi utilisée régulièrement par des prostituées, d’une part pour se nettoyer, et d’autre part parce que cela permettrait d’améliorer la qualité des rapports avec le partenaire.
 
 

"Cette technique est absolument à proscrire"

Docteur Joseph est gynécologue au Centre Jean Bikandja de Yaoundé. Il a travaillé en 2010 dans une clinique du nord du pays où il traitait des femmes souffrant de problèmes de santé dus à l’utilisation de la "pierre blanche".
 
Cette prétendue virginité est très momentanée, il arrive même que la pierre ne fasse plus effet au moment du premier rapport après la noce. Par contre, les conséquences sur la santé sont catastrophiques.
 
De manière générale, aucun produit ne doit être introduit dans le vagin car il s’auto-nettoie. Cette pierre détruit la flore vaginale censée protéger les femmes des maladies sexuellement transmissibles. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que ce produit est sableux, ce qui provoque inévitablement des irritations, pouvant mener à des vaginites graves. Enfin, à force d’utilisation, la pierre crée une véritable rigidité des parois qui cause des problèmes au moment de l’accouchement, notamment des déchirures. Cette technique est absolument à déconseiller.
 
Le problème que nous rencontrons en tant que médecin, c’est que les femmes mettent du temps à se faire soigner car dire ce qu’elles ont fait serait concéder qu’elles ont menti sur leur virginité.
 
Cette pratique n’est pas en augmentation. C’est aussi pour cela que les autorités n’ont pas pris encore le problème à bras le corps, pourtant les dommages sont réels et le manque d’information criant.
 
 
Une étale du marché de Mokolo à Yaoundé. Toutes les photos ont été envoyées par notre Observatrice Liliane Josiane Ndangue.