Observateurs
 
Le 5 décembre, Bangui a connu un véritable massacre lorsque des miliciens anti-balakas ont attaqué plusieurs quartiers musulmans, plongeant la capitale dans la violence . Le même jour, Abraham Biamba, cloîtré chez lui, a choisi de répondre à la violence par une chanson. Un message de paix touchant dont il a fait un clip, avec les moyens du bord.
 
Le clip d’Abraham Biamba a été tourné mi-décembre, alors que les affrontements entre milices faisaient rage à Bangui.  Il a été réalisé par un de nos Observateurs à Bangui, Hervé Cyriaque Serefio.

"Il a fallu réduire au maximum le temps de travail pour des raisons de sécurité"

Abraham Biamba, chrétien, est né à Bangui. Neveu de l’ancien président de la République André Kolingba, [1986-1993], il a été familiarisé très tôt aux vicissitudes de la vie politique centrafricaine. Aujourd’hui, il est étudiant en médecine, bien que les cursus universitaires soient très perturbés depuis le début de la crise, en mars 2012. Il poursuit en parallèle sa passion, la musique.
 
Je baigne dans la musique depuis que je suis petit. À 8 ans, j’étais déjà dans une chorale et ça ne m’a pas quitté. Je n’ai jamais cessé d’écrire mais j’avais, jusque-là, préféré garder mes textes pour moi.
 
Le 5 décembre, quand les affrontements ont commencé, j’étais dans ma chambre. Je ne pouvais pas sortir de crainte d’être moi aussi pris pour cible [par des ex-Séléka]. J’ai donc écrit ce que j’avais sur le cœur, je souffrais trop. Pour la première fois, j’ai voulu que ma chanson soit diffusée. Il n’y a aucune structure dans le pays et aucune industrie musicale digne de ce nom. Je suis donc allé dans mon église où est installé un petit studio d’enregistrement et je l’ai loué à mes frais. Nous avons enregistré la chanson en deux jours début décembre. Il fallait réduire au maximum le temps de travail pour des raisons de sécurité.
 
Mon beau-frère, qui est photographe, m’a ensuite proposé de faire un clip vidéo. J’ai beaucoup hésité de peur de trop m’exposer. J’étais aussi inquiet que le résultat de ce projet, fait avec des bouts de ficelle, ne soit pas à la hauteur. Mais comme j’ai confiance en mon message de paix, je me suis lancé et on a fait pendant deux jours des prises de vue dans le quartier de Lakouanga à Bangui.
 
" J’ai toujours eu des amis musulmans, certains m’ont d’ailleurs félicité pour ma démarche"
 
Ce clip s’adresse aux Centrafricains mais j’ai conscience que très peu d’entre eux ont accès à Internet. Mon objectif est donc maintenant de passer à la télévision, sur la chaîne nationale.
 
Je vis dans un pays compliqué mais j’ai confiance en son avenir. J’ai toujours eu des amis musulmans, certains m’ont d’ailleurs félicité pour ma démarche. Elle est sincère, elle ne peut donc pas être mal accueillie.
 
Depuis début décembre, les violences entre musulmans, dont certains sont issus de l’ex-Séléka, et les chrétiens anti-balaka ont provoqué la mort de plus d’un millier de personnes, malgré le déploiement de 1 600 soldats français et de près de 4 000 soldats de la paix africains. Le nombre de déplacés s’élèverait, selon l’ONU, à quelque 935 000 personnes.