Des habitants de Goma tentent de maîtriser un incendie le 15 décembre. Photos 100 Citoyens journalistes.
 
Durant ce dernier mois de l’année 2013, Goma, capitale du Nord-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo, a connu des incendies à répétition. Souvent accidentels, ces incendies mettent toutefois en évidence l’impuissance des sapeurs-pompiers locaux, selon notre Observateur.
 
Depuis début décembre, quatorze incendies ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Goma, laissant une trentaine de familles sans domicile. Des incendies parfois très impressionnants qui poussent les habitants des quartiers à détruire d’autres maisons aux alentours pour éviter que le feu ne se propage.
 

"Beaucoup d’incendies sont dus aux installations vétustes"

Selon notre Observateur, Charly Kasereka, journaliste et blogueur à Goma, durant cette période de fin d’année, généralement pluvieuse, il est anormal que des incendies se déclenche ainsi à répétition.
 
Dans de nombreux quartiers, les maisons sont entassées les unes à côté des autres et construites de bois et de chaume, des matériaux facilement inflammables. La cause principale des incendies à Goma, ce sont les installations électriques anarchiques, qu’on appelle ici "daoulage" [Une expression qui signifie chercher le feu chez le voisin. Ces "daoulages" sont responsables de près de la moitié des cas d’incendies en 2013 selon les pompiers de Goma NDLR].
 
Beaucoup de gens installent des générateurs ou font appel à des électriciens qui ne respectent pas les normes de sécurité recommandées par la Société nationale d’électricité congolaise (SNL). Or si la SNL décide, pour une raison ou pour une autre, d’augmenter l’intensité du courant, ces installations ne peuvent pas suivre, et ça produit ces incendies.
 
Exemple de "daoulage" artisanal repéré par Charly Kasereka dans les rues de Goma.
 
Goma est une ville de plus de 400 000 habitants et pourtant il n’y a que deux camions de pompiers opérationnels [selon le représentant des pompiers à Goma, ces derniers disposent de quatre camions, mais deux sont en très mauvais état et inadaptés aux interventions]. De plus, leurs cuves ne sont pas suffisamment grosses et, souvent, les pompiers doivent partir se ravitailler en eau à plusieurs dizaines de kilomètres au lac Kivu alors qu’ils sont en pleine intervention !
 
La grande peur ici à Goma, c’est qu’un incendie se déclare près d’une des soixante stations-services de la ville. Si l’incendie touche les réservoirs de fuel, les dégâts seront considérables et les pompiers complètement impuissants vue leur difficulté à maîtriser des incendies moins importants.
 

"Seuls deux de nos pompiers sont vraiment formés"

Selon les services de la protection civile du Nord-Kivu, le nombre d’incendie est en baisse à Goma par rapport à 2012 : 77 cas cette année, contre 105 l’année dernière. Cependant, Joseph Kambale Makundi, en charge des sapeurs-pompiers de Goma, reconnaît que la situation est particulièrement préoccupante concernant ces incendies à répétition.
 
Le 25 décembre, il y a eu trois incendies simultanées à Goma, et nous n’étions pas du tout équipés pour intervenir efficacement. Parmi nos 46 agents qui composent la brigade d’intervention, seulement deux sont formés de manière professionnelle. Les autres sont des agents payés par le gouvernement, mais qui n’ont aucune qualification et qui prennent tous les risques, sans équipement de protection, pour éteindre les flammes.
 
Nous avons également des problèmes structurels sur lesquels on a attiré l’attention des autorités, mais qui n’ont jamais été réglés : il n’y a aucun mécanicien qualifié dans la ville pour réparer les pompes des camions qui sont en permanence hors service. Nos camions sont obsolètes et dans un état lamentable car nous devons rouler à toute allure sur des routes non goudronnées.
 
Joseph Kambale Makundi et son service organisent des réseaux communautaires à Goma pour sensibiliser la population aux risques d'incendies.
 
Pour pallier à notre faiblesse, nous avons dû mettre en place des réseaux communautaires dans les dix-huit quartiers de la ville où des jeunes de la communauté, généralement des scouts, ont eu des formations sommaires pour réagir en cas d’incendie et faciliter l’intervention de la brigade. Mais cela prouve bien qu’il y a un problème, et je crains qu’un de ces jours, il arrive quelque chose à un de ces jeunes.
 
Honnêtement, si demain la foudre tombe sur des installations électriques de Goma, il y a de grande chance que nous soyons impuissants. Dans ce cas, la seule option que nous avons est de faire appel à la Monusco, mais cette dernière doit d’abord avoir l’aval de Kinshasa, puis de New York, avant de pouvoir intervenir. Avec cette lourdeur administrative, il faut souvent attendre 2 ou 3 heures avant que nous ayons de l’aide.
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste pour les Observateurs de France 24.