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Agacé par un énième contrôle d’identité, Sylvain Somé, ivoirien résidant à Chypre, demande des explications aux policiers. Quelques secondes après, il est plaqué au sol, la cheville déboîtée… Des dizaines de passants ont assisté à cette bavure policière dans les rues de Nicosie.
 
La scène se déroule sur l’une des principales artères dans le centre-ville de la capitale chypriote, en milieu d’après-midi, le 27 novembre. Trois policiers arrêtent un ressortissant ivoirien pour un banal contrôle d’identité. Après vérification, les papiers de ce dernier sont en règle. Pourtant, quelques minutes après, Sylvain Lomé se retrouve à terre avec la jambe cassée par le coup de matraque d’un policier.
 
La scène, filmée et publiée par KISA, une organisation anti-raciste chypriote, montre la bavure. Selon Klitos Papastylianou, un membre de KISA joint par FRANCE 24, "le contrôle au faciès est illégal à Chypre, mais la police y a recours en permanence. Nous avons au minimum une plainte de ce type chaque semaine". 
 
À la 30ème seconde dans la vidéo, un des policiers se jette sur Sylvain Lomé et lui casse la cheville. Un de ses collègues s’exclame: "Tu lui as cassé la jambe !" alors qu’un autre crie : "Arrête ! Qu’est ce que tu fous !" Vidéo publiée par Kisa.

"Ici, la police contrôle surtout les Africains et cherche la petite bête pour nous mettre à l’amende"

Sylvain Somé vit à Chypre depuis sept ans. Il est marié à une Chypriote.
 
Après qu'ils ont pu constater que j'étais en règle, j’ai demandé au policier "Pourquoi vous m’avez arrêté comme ça ?". Celui qui allait me casser la jambe quelques secondes plus tard m’a répondu "C’est ça Chypre ! Si ça te plait pas, tu t’en vas ! Chez toi tu pourras dire aux policiers comment ils doivent se comporter". [Cet échange n’a pas été filmé. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances de l’incident]. Je lui ai dit qu’il n’avait pas répondu à ma question, qu’il faisait certes son travail mais que j’avais le droit de m’exprimer. Je ne voulais pas finir menotté et au poste de police, je voulais juste qu’il me réponde. Le policier m’a conseillé d’arrêter de poser des questions, sinon il allait m’arrêter. J’ai répondu qu’il ne pouvait pas faire ça parce que je n’avais rien fait de mal. Puis il m’a jeté à terre et m’a brisé la cheville.
 
Après avoir fait ce geste, il a réalisé qu’il était allé trop loin et a voulu me conduire à l’hôpital dans sa voiture. Il voulait me menotter. Mais j’ai refusé de monter dans son véhicule, parce que je ne lui faisais pas confiance. Si j’avais accepté, j’aurais peut-être fini dans un centre de détention où ma situation aurait empiré. J’ai préféré attendre une ambulance qui m’a emmené à l’hôpital de Nicosie.
 
On a voulu m’arrêter comme si j’étais un criminel. Ici, beaucoup de policiers sont racistes. Ce n’est pas la première fois qu’on me contrôle dans la rue, ça a du m’arriver une douzaine de fois, parfois dans la même journée. La police contrôle surtout les Africains et cherche la petite bête pour nous mettre à l’amende.
 
Lundi, cinq jours après l’incident, Sylvain Somé était toujours à l’hôpital de Nicosie. Sa cheville s’est déboitée lors de l’altercation et les médecins craignent que les ligaments de sa jambe soient endommagés.
 
Selon les militants de Kisa, la police chypriote a d’abord refusé d’enregistrer la plainte de la victime. Après l’intervention de l’association, elle a pu être déposée. Selon l'avocat de Sylvain Somé, une commission indépendante aurait été mandatée pour enquêter sur l'incident et plusieurs personnes ont été appelées à témoigner. Le ressortissant ivoirien est, quand à lui, poursuivi pour "refus d’obtempérer".
 
Sylvain Somé devra avancer les frais et attendre les résultats de l’enquête pour espérer être indemnisé. Il a reçu le soutien du Haut Commissariat aux réfugiés. Les responsables de la police de Chypre n'ont pas répondu à nos sollicitations.
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Claire Williams (@clairewf24), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.