Le duo de rap afghan 143.
 
"Je voulais courir et ils m’ont frappée par derrière ; je voulais penser et ils m’ont frappée sur la tête ; ils m'ont brûlé le visage au nom de l’islam, coupé le nez par vengeance ; jeté de l’acide sur le corps et les mains ; ils m’ont vendue seulement parce que je suis une femme". Ces paroles sont celles du groupe 143, un duo dont la chanteuse, Paradise Sorouri, est la première rappeuse afghane.
 
Paradise et Diverse, son fiancé, sont afghans. Nés en Iran, ils sont encore adolescents lorsqu'ils déménagent à Herat, en Afghanistan. Ils forment à eux deux 143, un groupe de rap dont les premiers titres abordent timidement des sujets de société comme l'amour chez les jeunes. Mais lorsqu’ils s’installent en 2010 au Tadjikistan, leur parole se libère. Ils commencent alors à écrire des morceaux sur les violences faites aux femmes en Afghanistan. Trois ans après, ils sont de retour dans le pays pour une tournée.
 
Le clip de la chanson "Nalestan."

"Toutes les artistes qui travaillent aujourd’hui en Afghanistan risquent leur vie afin de pouvoir ouvrir la voie aux autres femmes"

Paradise Sorouri, 24 ans, est considérée comme étant la première rappeuse afghane.
  
Durant les trois années que Diverse et moi avons passées à Herat, j’ai réalisé qu’il y avait énormément de maltraitance et de discrimination à l’encontre des femmes. Dans la société afghane, qui est très patriarcale, si une femme travaille, elle est traitée avec mépris et les gens ne la respectent plus. Alors imaginez ce que peuvent subir les artistes ! La plupart des Afghans les considèrent comme des prostituées. Toutes les artistes qui travaillent aujourd’hui en Afghanistan risquent leur vie afin de pouvoir ouvrir la voie aux autres femmes.

C’est une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de déménager au Tadjikistan. Là-bas, nous avons continué à nous renseigner sur l'évolution de la situation en Afghanistan. Et en 2010, quand nous avons sorti pour la première fois "Cry of the Woman" ("Les pleurs de la femme"), qui parle des problèmes quotidiens auxquels les femmes sont confrontées, j’ai reçu des retours très positifs sur Internet.
  
Le clip de "Cry of the Woman". 
 
Deux ans plus tard, nous avons décidé de composer un autre morceau, "Nalestan", cette fois à propos des violences dont elles sont victimes. Nous avons reçu de nombreux messages de menace, nous ordonnant d’arrêter notre travail. Mais nous n'arrêterons pas.
 
Le duo de rap 143.
  
“La situation pour les femmes en Afghanistan s’est améliorée, mais seulement dans les grandes villes”
 
Nous avons donné des concerts au Tadjikistan et en Afghanistan, dont six à Kaboul. Nous avons été très bien accueillis. Le seul incident, c'était lors de notre dernier concert, une petite partie du public a commencé à nous insulter pendant que nous chantions "Cry of the Woman".
 
Depuis que les Taliban ont quitté le pouvoir, la situation des femmes en Afghanistan s’est améliorée, mais seulement dans les grandes villes comme Kaboul, Mazar Sharif et Herat. Or la majorité de la population afghane habite dans les campagnes. Tous les jours, nous entendons de nouvelles histoires de violences, de jeunes filles mariées de force et toutes sortes d’abus. Nous avons encore un long chemin à parcourir.
 
Malgré les efforts des femmes afghanes pour participer à la vie publique, les artistes sont souvent menacées par des extrémistes religieux. Les menaces contre les femmes engagées en politique sont aussi en augmentation – et les meurtres sont fréquents. Selon les Nations unies, plus de 87% des femmes afghanes ont déjà été victimes de violences. De nombreux acteurs de la société civile afghane craignent que leur situation n’empire si le retrait américain conduit à un retour au pouvoir des Taliban.
 
Paradise en studio.
 
Article écrit avec la collaboration d'Omid Habibinia, journaliste free-lance pour FRANCE 24.