Photo d'un bar à Mostaganem, dans l'ouest du pays.
 
Depuis septembre, la commune d’Alger lance une campagne pour redonner vie au centre ville de la capitale algérienne. À cette occasion, la réouverture des bars et de débits de boissons alcoolisées a été annoncée, alors que la plupart étaient fermés ces dernières années. Car si aucune loi n’interdit ni la vente, ni la consommation d’alcool en Algérie, la réalité sociale est plus complexe.
 
La vente et la consommation d’alcool en Algérie sont régies par des décrets et des instructions, émanant des préfets de région. Les lieux servant et vendant de l’alcool doivent bénéficier d’une licence octroyée par une commission départementale. Les débits de boisson doivent par ailleurs baisser leur rideau à 20 heures, les bars à 22 heures, et les restaurants servant de l’alcool à minuit. Habitant à Alger, Houcine [pseudonyme] revient sur les dernières mesures prises par la ville d’Alger pour rouvrir les anciens établissements servant de l’alcool dans la capitale :

"Dans les autres villes du pays, les bars sont souvent considérés comme des lieux de débauche et associés à la prostitution"

"Oran est une ville qui a toujours été connue pour son ouverture"

À Oran, deuxième ville du pays, notre Observateur Omar témoigne d’une plus grande acceptation sociale quant à la consommation l’alcool :
 
Nous n’avons jamais été atteints ici par la vague de fermeture de bars et de débits de boissons, qui a pu toucher d’autres villes du pays. Il y a eu quelques tentatives de limiter un peu la consommation dans le milieu des années 1980, avec l’apparition des islamistes sur la scène publique, mais sans plus. Même pendant la décennie noire [1990-2000], les bars n’ont pas désempli.
 
Oran est une ville qui a toujours été connue pour son ouverture, son côté bon vivant et son cosmopolitisme. Même après l’indépendance du pays [1962, NDLR], des chrétiens et des juifs ont continué à peupler la ville, favorisant ainsi un mélange des cultures et des traditions. Ici, boire de l’alcool ne se fait pas en cachette, les consommateurs assument cela en public, et c’est même un signe de richesse extérieure pour les jeunes qui consomment des bières de marque connue, car elles coûtent environ 250 dinars [2,2 euros environ], ce qui reste tout de même assez cher pour le niveau de vie ici.
 
Cependant, il ne faut pas s’attendre à voir, même ici, des femmes dans les bars, et les jeunes ne peuvent pas se retrouver entre garçons et filles dans un établissement qui sert de l’alcool, à l’exception d’hôtels luxueux. Ils peuvent par contre acheter de l’alcool, et boire chez eux.

"On a contacté les propriétaires de bars ou de débits de boissons fermés pour leur demander de rouvrir"

Les autorités communales ont lancé depuis plusieurs semaines une campagne pour embellir Alger, et rendre au centre ville sa vivacité d’antan, surtout autour de l’artère principale, Didouche Mourad. De même qu’on a demandé aux commerçants de peindre toutes les devantures de leurs magasins de la même couleur, on a contacté les propriétaires de bars ou de débits de boissons fermés, pour leur demander de rouvrir, ou alors céder leur bail. Nombre de ces commerces ont fermé durant les années 1990, car avec le terrorisme, qui a touché le pays, et les couvre-feux à répétition, les Algérois ne sortaient plus, et ces bars ont fait faillite comme d’autres restaurants de la ville.
 
Si la présence des bars ne pose généralement pas problème à Alger, il est tout de même rare qu’on en trouve dans les quartiers populaires, où les habitants sont forcément plus conservateurs et tout le monde se connaît.
 
Il arrive également que des débits de boisson ferment, suite à des plaintes du voisinage qui dénoncent le tapage nocturne, notamment car les jeunes y achètent de l’alcool et le consomment ensuite dans la rue, en groupe, au lieu d’en boire chez eux. Mais il arrive parfois que ces plaintes soient infondées, et que les riverains, par conservatisme, fassent pression sur les autorités locales pour fermer ces établissements.